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A Belfast, un vote anti-Brexit très disputé

Alors que la nuit tombe sur Belfast, Paula Bradshaw frappe patiemment aux portes. A l’approche des législatives du 12 décembre au Royaume-Uni, elle tente de rallier les électeurs anti-Brexit au-delà des divisions traditionnelles en Irlande du Nord entre unionistes et républicains.

Quand une femme lui ouvre la porte de sa maison en briques, la candidate de l’Alliance d’Irlande du Nord (APNI) sait qu’elle n’a pas beaucoup de temps pour convaincre.

« Nous sommes pour le maintien dans l’Union européenne, nous sommes un parti centriste et trans-communautaire », débite-t-elle rapidement.

La candidate trouve souvent porte close et les rares personnes qui ouvrent lui réservent un accueil plutôt tiède. Le plus souvent, Paula Bradshaw glisse simplement un prospectus dans la boîte aux lettres, espérant qu’il touchera une corde sensible.

La bataille est rude pour capter le vote anti-Brexit dans cette province britannique qui avait voté à 56% pour rester dans l’Union européenne en 2016 et qui s’est retrouvée en première ligne de la crise, tant éviter un retour de la frontière avec l’Irlande relève du casse-tête.

Depuis le référendum, les 440.000 électeurs europhiles nord-irlandais restent pratiquement sans voix au Parlement britannique.

Les députés du parti républicain Sinn Fein, principale force anti-Brexit dans cette région, refusent traditionnellement de siéger à Westminster, en signe de défiance envers l’autorité britannique.

Ce qui laisse le champ libre à l’eurosceptique Parti unioniste démocratique (DUP), dont les députés ont joué un rôle clef dans le Brexit, soutenant les gouvernements conservateurs successifs mais rejetant les accords négociés avec Bruxelles par Theresa May puis Boris Johnson.

– Question « existentielle » –

C’est cette majorité réduite au silence que l’APNI espère séduire lors des législatives anticipées de jeudi.

« Ce que nous voulons, c’est tout simplement porter la voix de ceux qui sont heureux d’être dans l’Union européenne », explique Paula Bradshaw à l’AFP, « en particulier » dans sa circonscription, qui avait voté à 70% contre le Brexit.

Son parti ambitionne de dépasser la division traditionnelle en Irlande du Nord, meurtrie par trois décennies de conflit, entre le vote « orange », en faveur des unionistes eurosceptiques du DUP, et le vote « vert », pour les républicains, ardents défenseurs d’une Irlande réunifiée.


En 2017, les deux formations avaient ainsi raflé 17 des 18 sièges attribués à la région lors des dernières élections législatives, la dernière revenant à un indépendant.

Contrairement à ses concurrents, l’Alliance a décidé de ne pas prendre position sur le statut de la province, privilégiant la question « existentielle » du Brexit. Ce qui pourrait lui permettre de récupérer les votes d’électeurs qui, comme les unionistes europhiles, ne se reconnaissent plus dans la division DUP/Sinn Fein.

L’incapacité des deux partis à régler leurs différends a conduit à une paralysie du pouvoir local depuis plus de 1.000 jours, suscitant l’ire de la population et faisant fleurir les pancartes jaune canari de l’APNI dans les rues de Belfast.

– Dualité profonde –

Convaincre les électeurs que l’Alliance pourrait vraiment être neutre sur la question de l’appartenance de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni se révèle difficile.

« Ils disent qu’ils ne sont pas (pour un camp ou un autre), mais in fine vous obtenez un (député) qui est plus +orange+ ou plus +vert+ », estime Trisha Henry, après avoir refusé un prospectus tendu par l’APNI sur le pas de sa porte.

Malgré les affirmations de sa dirigeante Naomi Long, selon qui le « Brexit n’était pas une question +orange+ ou +verte+ », la sortie de l’Union européenne a bien soulevé des problèmes liés au statut de la province.

Les unionistes du DUP craignent par exemple que le Brexit ne mène à une scission avec le Royaume-Uni tandis que le Sinn Fein exige un référendum sur l’unité irlandaise dans les cinq ans.

Vu le mode de scrutin à la majorité simple, l’APNI risque de se retrouver pénalisé par son refus de nouer des alliances, contrairement à ses rivaux.

Dans la circonscription de Paula Bradshaw par exemple, le Sinn Fein a retiré son candidat pour soutenir la candidate du parti social-démocrate local Claire Hanna, une républicaine europhile qui a promis de siéger au Parlement.

« La situation de Belfast-sud est complexe, parce que c’est une circonscription extrêmement divisée », analyse Élodie Fabre, politologue à l’Université Queen de Belfast, pour qui Paula Bradshaw pourrait « prendre juste assez de votes » à Claire Hanna pour faire finalement réélire la candidate du DUP.


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