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A Hong Kong, des manifestants « fluides comme l’eau » défient le gouvernement

« Il faut qu’on soit fluides comme l’eau ». Tout de noirs vêtus, les manifestants de Hong Kong font le siège du quartier général de la police, s’engouffrent dans l’immeuble des impôts, de l’immigration… Tous les moyens sont bons pour faire valoir leurs exigences face au gouvernement proPékin.

L’ex-colonie britannique est depuis plusieurs semaines le théâtre d’une contestation historique contre un projet de loi controversé visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Les autorités hongkongaises ont beau avoir suspendu un texte qui a précipité des foules dans les rues — encore deux millions le 16 juin pour sept millions d’habitants, selon les organisateurs –, les manifestants, jeunes pour la plupart, cherchent à maintenir l’élan.

Chris, 29 ans, explique à l’AFP le caractère protéiforme d’une contestation sans leaders où les protestataires se parlent sur messagerie sécurisée, se cachent le visage au moyen de masques chirurgicaux et ne donnent pas leur identité complète. Il invoque pour cela une « célèbre citation » de la star hongkongaise des arts martiaux Bruce Lee, selon qui il faut être liquide, sans contours, afin de s’adapter.

« On doit couler comme l’eau », dit-il. « Il ne faut pas rester au même endroit pendant une longue période, on doit être intelligents, se répandre partout, essayer de ne pas être pris par la police ».

Les protestataires avaient initialement convergé par milliers vers le siège du Conseil législatif (LegCo, Parlement), au coeur de la mégapole hérissée de gratte-ciel pour exiger le retrait définitif du projet de loi, la démission de la cheffe du gouvernement Carrie Lam et l’arrêt des poursuites contre des manifestants accusés d’émeute lors de violents affrontements avec la police la semaine dernière.

– Comme « l’intelligence artificielle » –

Mais la séance au Parlement avait été annulée par les autorités et les manifestants ont décidé de partir à l’assaut du quartier général de la police, accusant les agents d’être des « voyous ».

« Honte à la police », scandaient-ils sous un soleil écrasant contre lequel leurs parapluies n’offraient guère de protection, pas plus que les mini ventilateurs à pile dont étaient équipés certains.

Joshua Wong, visage de l’immense mouvement prodémocratie de l’automne 2014 qui avait réclamé en vain à Pékin l’élection du chef du gouvernement au suffrage universel, est là. Fraîchement sorti de prison, il exige à l’unisson de la foule la « libération » des protestataires arrêtés.


Dans des tactiques improvisées sans doute difficiles à appréhender par les autorités, d’autres groupes bloquaient par moments avec des barrières métalliques de grandes artères du centre de ce haut lieu de la finance internationale.

Certains contestataires ont brièvement fait irruption au siège des impôts, d’autres ont tenté de faire le siège de l’immeuble abritant les services de l’immigration. D’autres encore partaient vers la Haute cour de Justice.

« Ce mouvement social est très fluide. Les décisions partent du bas vers le haut », explique Bernard, étudiant en sciences politiques de 21 ans. « Cela nous permet de nous renouveler et d’apprendre. C’est comme l’intelligence artificielle, les gens apprennent d’eux mêmes, personne ne leur apporte vraiment d’enseignements, ils s’adaptent à chaque situation ».

– « Personne ne sait » –

Tous font valoir leur « pacifisme ». Ils sont néanmoins prêt à toute éventualité. Dans une « station de ravitaillement » installée sous une bretelle autoroutière, il y a à côté de bouteilles d’eau des masques, des casques, du sérum physiologique pour soulager d’éventuelles brûlures au gaz lacrymogène, témoigne Vincent Ng Yat Ming, vice-président du syndicat étudiant de l’Université des sciences et de la technologie de Hong Kong.

Parti du rejet du texte sur les extraditions, le mouvement s’est élargi à une dénonciation généralisée de l’action du gouvernement hongkongais auquel les protestataires ne font plus confiance tant ils ont l’impression qu’il a permis, voire favorisé, l’érosion de leurs libertés par Pékin.

La mobilisation de vendredi est partie d’appels d’organisations étudiantes diffusés via les réseaux sociaux et personne n’est capable de prédire la suite des événements. « L’un des inconvénients de ce type de situation fluide c’est qu’on ne sait vraiment pas ce qu’il va se passer », reconnaît Bernard.

Les protestataires se disent « déterminés ». Le Front pour les droits de l’Homme civiques, principal organisateur des deux manifestations géantes des derniers jours, prédit une nouvelle démonstration de force à l’occasion du 1er juillet, date anniversaire de la rétrocession du territoire semi-autonome à Pékin.



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