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A Kaboul, la peur de la guerre mais aussi du crime organisé

L’agression au couteau d’un adolescent le mois dernier en plein jour au centre de Kaboul a été accueillie avec crainte et résignation dans une ville déjà marquée de longue date par la guerre et où la criminalité gagne à son tour du terrain.

Des agents de sécurité postés le long de la rue ont été témoins de la scène mais ne sont pas intervenus. Les agresseurs ont fui à moto, emportant comme butin un téléphone portable et un appareil photo.

La semaine dernière, en plein centre-ville, un homme d’affaires a été abattu dans son véhicule et les assaillants ont emporté un attaché-case, selon des témoins.

Ces crimes viennent s’ajouter à une liste déjà longue d’assassinats, d’enlèvements et de cas d’extorsions face à laquelle la police, occupée à contenir les insurgés talibans et les combattants de l’Etat islamique, semble dépassée.

De nombreux hommes d’affaires ont fui le pays de peur d’être à leur tour pris pour cible, a indiqué à l’AFP Jan Aqa Naweed, porte-parole de la Chambre de commerce afghane.

« Certains emmènent leur famille et leur argent dans des pays comme la Turquie ou l’Ouzbékistan » et « cela a un impact négatif sur l’investissement », a-t-il déploré, tout en reconnaissant ne pas disposer de statistiques sur la criminalité.

Celles dont disposent les autorités sécuritaires de Kaboul apparaissent elles aussi limitées et pauvres en détails et contexte. Le ministre de l’Intérieur Massoud Andarabi a annoncé la semaine dernière que 100.000 crimes avaient été recensés au cours des cinq dernières années, sans plus de détails sur leur nature.

– « Plus grave que le terrorisme » –

Les autorités semblent aujourd’hui prendre le problème à bras le corps. Samedi, le ministère de l’Intérieur a limogé Mohammad Salim Almas, le chef du département des enquêtes criminelles de Kaboul, en raison de « l’augmentation spectaculaire » des crimes dans la capitale.

Selon Abdul Khaliq Zazai Watandost, membre du conseil provincial de Kaboul et de la commission sécurité, 70 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres kidnappées au cours des deux derniers mois.

« La criminalité est devenue un problème plus grave que le terrorisme pour les habitants de Kaboul », a-t-il estimé. « Le terrorisme est un problème d’ampleur mais du moins devrait-on pouvoir contrôler le crime organisé », souffle-t-il.

Outre les crimes et kidnappings, les vols de voitures sont fréquents, le trafic de stupéfiants en plein essor et les bandes criminelles règlent leurs comptes en plaçant des bombes magnétiques sous les voitures de leurs concurrents.


Shamsuddin, un commerçant qui n’a souhaité divulguer que son prénom, a expliqué à l’AFP que lorsqu’il se rend dans le centre de Kaboul pour acheter des provisions, il divise son argent en deux parts.

« J’en donne à mon fils et j’en garde avec moi », dit-il. « Car si les criminels découvrent que vous avez beaucoup d’argent sur vous, ils vous tueront pour vous le prendre ».

– « Tout le monde s’en moque » –

Nombre d’habitants inquiets se déplacent armés ou disent changer de plus en plus souvent d’itinéraire pour se rendre au travail.

Les chauffeurs de taxi ont peur de conduire la nuit tombée, d’être attaqués par un passager ou de se faire voler leur voiture.

« Je ne m’inquiète pas pour moi-même mais j’ai peur de perdre la voiture parce que je travaille pour quelqu’un d’autre et que ce n’est pas la mienne », dit Mohammad Omar à l’AFP. « De nos jours, tous les Afghans sont très inquiets », ajoute-t-il.

La question du crime organisé dans Kaboul est revenue au premier plan la semaine dernière lorsque l’ancienne journaliste Mena Mangal a été assassinée en plein jour dans une rue animée. La piste familiale est privilégiée mais même dans une ville en proie à la violence, le meurtre à choqué.

« La sécurité à Kaboul est si mauvaise que les criminels tuent des gens en plein jour et tout le monde s’en moque », a réagi sur Facebook Mohammad Elham, un habitant de Kaboul.

Chaque jour, quelqu’un est tué « sans raison » dans la capitale, se désole un autre Kabouli, Nasir Ahmad.

Le ministre de l’Intérieur a promis que « la police agira avec plus de force contre les criminels ». « Nous savons où ils se cachent et nous les traînerons en justice », a déclaré Massoud Andarabi.

Hazargul, un chauffeur de taxi, se montre néanmoins sceptique et estime que la police apparaît « incapable de faire quoi que ce soit ». « On n’a jamais vu un policier arrêter un voleur en flagrant délit. Même s’ils voient des voleurs, ils n’osent pas les poursuivre car ils sont armés eux aussi ».

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