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A Moscou, la bataille de l’opposition pour enregistrer ses candidats

Signatures invalidées, procédures arbitraires, arrestations : l’opposition russe dénonce des obstacles récurrents pour enregistrer ses candidats aux élections locales de septembre à Moscou, où ils espèrent obtenir leur mot à dire dans la gestion du budget faramineux de la capitale.

Exigeant des « élections justes », près de 2.000 personnes ont improvisé dimanche une manifestation non-autorisée dans le centre de Moscou, allant jusqu’à frapper symboliquement, chacun leur tour, aux portes massives de la mairie.

Après un sit-in de quelques heures devant la Commission électorale, le rassemblement s’est terminé par une vague d’arrestations, dont celles de plusieurs organisateurs, des alliés de l’opposant au Kremlin et blogueur anticorruption Alexeï Navalny. Un autre rassemblement est prévu lundi soir.

Le 8 septembre, 7,2 millions de Moscovites sont appelés aux urnes pour renouveler le mandat de cinq ans des 45 députés du Parlement local, chargé de valider les décisions du maire Sergueï Sobianine, loyal au Kremlin.

Selon la loi, les candidats indépendants étaient censés rassembler en plein été les signatures d’au moins 3% de leurs électeurs potentiels dans chacun des 45 districts, soit entre environ 4.500 et 5.000 personnes, pour avoir le droit de participer au scrutin.

Mais 17 candidats d’opposition qui sont parvenus à rassembler ces signatures s’indignent contre une procédure de vérification opaque qui, selon eux, avantage les candidats pro-pouvoir.

Bien qu’en tête des sondages dans sa circonscription, l’opposant Ilia Iachine a indiqué la semaine dernière que plus de 11% de ses voix avaient été invalidées, bloquant son enregistrement. Il affirme n’avoir pas pu suivre ce contrôle, effectué à huis clos par la Commission électorale.

L’avocate Lioubov Soubol, alliée d’Alexeï Navalny a, elle, fait savoir qu’elle entamait une grève de la faim après avoir été informée que près de 15% de ses signatures avaient été invalidées, jugées « falsifiées » par les autorités du vote.

Le chef de la commission électorale de Moscou, Sergueï Gorbounov, a de son côté dénoncé la manifestation de dimanche comme une « tentative de pression illégale » de la part de l’opposition. Des militants pro-Kremlin accusent les opposants d’avoir obtenu une partie de leurs signatures auprès de personnes décédées.

La Commission électorale doit annoncer mardi la liste des candidats autorisés à concourir.

– 38 milliards d’euros –


Le scrutin de septembre, s’il peut sembler secondaire, a particulièrement mobilisé l’opposition russe, privée de participation aux élections de plus grande ampleur comme la présidentielle ou les élections des gouverneurs en région.

L’enjeu pour ces voix dissidentes est également de peser dans la gestion de la toute puissante mairie de Moscou, qui doit faire valider chaque année son budget titanesque par le Parlement local.

« Le budget de Moscou, c’est 2.700 milliards de roubles (38 milliards d’euros) », rappelle Andreï Morev, élu d’opposition qui n’a pas réuni assez de signatures pour candidater, dénonçant le Parlement local actuel comme « une entité qui ne sert qu’à tamponner les décisions » de la mairie.

Dirigée par Sergueï Sobianine depuis 2010, la municipalité moscovite s’est engagée ces dernières années dans de vastes et coûteux projets de réaménagement, notamment via l’extension du réseau de transports en commun. Mais l’opposition dénonce une gestion toujours plus obscure.

Chose inédite, aucun candidat ne participe au scrutin de septembre à Moscou sous la bannière du parti au pouvoir, Russie Unie.

Un responsable du parti a affirmé à la presse qu’il s’agissait pour les candidats pro-pouvoir de se « confronter aux difficultés » en allant à la rencontre des électeurs. Car les candidats participant au scrutin sous l’égide d’un parti présent au Parlement russe, comme Russie Unie, n’ont pas l’obligation légale de rassembler des signatures.

L’opposition y voit surtout un moyen déguisé d’éviter d’être associé au parti du pouvoir, en chute dans les sondages et très impopulaire dans la capitale.

Dans un contexte de baisse des revenus et de stagnation économique, la réforme de l’âge du départ à la retraite a déclenché l’année dernière une vague de mécontentement à travers le pays. Plusieurs candidats du pouvoir ont ainsi été désavoués lors d’élections régionales au profit des communistes et nationalistes.

Un scénario qui pourrait se reproduire le 8 septembre : ce jour-là, 18 postes de gouverneurs et 13 Parlements locaux doivent être renouvelés.



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