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A Ryad, MBS se rend à un forum économique terni par l’affaire Khashoggi

Le puissant prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, s’est rendu mardi à un forum international sur l’investissement à Ryad, assombri par le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi qui a provoqué le boycott de plusieurs dirigeants étrangers et grands chefs d’entreprise.

A 16H45 (13H45 GMT), Mohammed ben Salmane, dit « MBS », s’est assis au premier rang aux côtés du roi Abdallah II de Jordanie pour assister au Future Investment Initiative (FII), en plein tollé international consécutif au meurtre de Khashoggi.

Il a ensuite quitté au bout de 15 minutes la salle principale où se déroulait le forum, sans qu’on sache s’il avait quitté l’hôtel Ritz-Carlton qui accueille le FII jusqu’à jeudi.

« Ce sont des jours difficiles. Nous traversons une crise », a déclaré le ministre de l’Energie Khaled al-Faleh devant les participants du FII. Le meurtre du journaliste et critique du pouvoir « est abominable et personne dans le royaume ne peut le justifier », a-t-il ajouté.

Après avoir soutenu que Khashoggi était ressorti vivant du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, l’Arabie saoudite a fini par reconnaître qu’il avait été tué dans la mission diplomatique, mais nié toute implication de MBS, considéré comme l’homme fort du royaume.

– « Renforcer » le partenariat –

L’année dernière, le prince héritier de 33 ans s’était fait acclamer lors du lancement de la première édition du forum comme un jeune visionnaire, champion d’une Arabie saoudite « ouverte et modérée », pays qui est aussi le premier exportateur de pétrole au monde.

Cette année, son arrivée a eu lieu en pleine crise diplomatique, quelques heures à peine après l’annonce par le président turc Recep Tayyip Erdogan que le « meurtre sauvage » de Jamal Khashoggi avait été soigneusement planifié.

Des journaux turcs avaient publié lundi des nouvelles informations impliquant MBS.

Avant de se rendre au forum, le prince héritier et le roi Salmane ont reçu au palais royal à Ryad deux membres de la famille du journaliste tué, selon l’agence officielle SPA.

L’affaire Khashoggi a terni l’image du royaume et, au fur et à mesure des révélations macabres sur le meurtre du journaliste, le FII, surnommé le « Davos du désert », a vu la liste de ses participants se réduire.

A la veille du forum, le prince héritier a reçu à Ryad le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin en tournée dans la région mais qui a renoncé à participer au forum après l’affaire Khashoggi.

Parmi les autres dirigeants qui se sont aussi désistés figurent la patronne du Fonds monétaire international Christine Lagarde, le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, ainsi qu’une vingtaine de PDG de sociétés internationales.


Masayoshi Son, patron du conglomérat japonais SoftBank dont l’Arabie Saoudite est un important partenaire, a lui aussi renoncé à se rendre à Ryad, selon l’agence Bloomberg.

Rares sont ceux qui ont choisi d’y aller comme le PDG du géant pétrolier Total, Patrick Pouyanné, qui a mis l’accent sur l’importance de maintenir le contact « dans les temps difficiles »: c’est dans ces moments là que « vous renforcez vraiment le partenariat ». Il répondait à M. Faleh qui lui a rendu hommage pour s’être placé aux côtés de Ryad.

Des compagnies russes et chinoises sont aussi présentes au forum.

– « Punir » –

Peu avant l’ouverture du Forum, M. Erdogan a assuré devant le groupe parlementaire de son parti que « la conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies ».

Après avoir qualifié la version saoudienne de crédible, le président américain Donald Trump, sous pression aux Etats-Unis pour agir contre l’allié saoudien, s’est dit lundi « pas satisfait » des explications de Ryad.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a affirmé que « l’opération » contre Jamal Khashoggi n’avait « pas été autorisée » par le pouvoir et que Mohammed ben Salmane n’en avait pas été informé. Il a aussi dit ignorer où se trouvait le corps du journaliste.

Mais selon le quotidien progouvernemental turc Yeni Safak, le chef d’un commando saoudien de 15 agents dépêchés à Istanbul pour tuer le journaliste a été directement en contact avec le bureau du prince héritier après « l’assassinat ».

Mardi, M. Jubeir a affirmé que des mesures seraient mises en place pour qu’un meurtre comme celui de Jamal Khashoggi « ne puisse plus se reproduire ».

Avant l’affaire Khashoggi, l’image du prince héritier, à qui le roi Salmane a de facto délégué les affaires courantes du royaume, avait déjà subi un coup dur avec des vagues d’arrestations d’hommes d’affaires, de militants des droits de la femme et de dignitaires religieux.

En outre, l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition militaire depuis mars 2015 au Yémen contre les rebelles, a été accusée de multiples « bavures » ayant causé la mort de civils.

L’affaire Khashoggi a aussi relancé le débat sur un réexamen des relations avec Ryad notamment au sujet de la vente d’armes. Berlin a appelé les Européens à suspendre tout nouveau contrat d’armement avec le royaume tant qu’il n’aura pas fait toute la lumière sur la mort de Jamal Khashoggi.



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