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Abdulla Yameen, l’homme fort des Maldives et bien décidé à le rester

Il a emprisonné deux de ses vice-présidents, des juges de la Cour suprême et ses principaux rivaux: le président des Maldives Abdulla Yameen, qui vise une réélection dimanche, s’est imposé en cinq ans comme l’homme de fer inattendu de cet archipel de carte postale.

À son arrivée au pouvoir en 2013, les observateurs de cette micro-nation de l’océan Indien pensaient que ce bureaucrate sans charisme de 59 ans ne serait qu’un pantin aux mains de son demi-frère, l’ex-autocrate Maumoon Abdul Gayoom qui a dirigé les Maldives sans partage entre 1978 et 2008.

Mais cinq ans plus tard, M. Gayoom, 80 ans, croupit derrière les barreaux, aux côtés d’anciens proches du président tombés en disgrâce ou de dissidents. Les autres figures de l’opposition ont dû se résoudre à l’exil, comme l’ex-président Mohamed Nasheed qui vit entre le Royaume-Uni et le Sri Lanka.

« Yameen est un manipulateur très habile et une personne extrêmement intelligente, mais malheureusement il a un esprit criminel », décrit à l’AFP Ahmed Naseem, ancien ministre des Affaires et membre de l’opposition.

« Il n’est pas une figure populaire charismatique. Même quand il essaye de porter un bébé, on dirait qu’il tient un poisson ».

Les détracteurs du chef de l’État l’accusent de vouloir « voler » le scrutin de l’élection présidentielle de dimanche. Son rival Mohamed Nasheed n’a pu se présenter en raison d’une condamnation judiciaire litigieuse, les médias locaux sont muselés. L’alliance de l’opposition a dû se rabattre sur un quasi-inconnu des électeurs, Ibrahim Mohamed Solih.

« Yameen n’est pas intéressé par faire campagne ou obtenir des votes, mais il peut manipuler le système pour assurer le résultat qu’il désire », assure M. Naseem.

– Impitoyable –

Il y a dix ans encore, Abdulla Yameen n’était rien d’autre que le demi-frère de Maumoon Abdul Gayoom. L’ancien ingénieur géomètre goûte pour la première fois au pouvoir en servant comme ministre du Commerce puis ministre de l’emploi de son parent.

Mais M. Gayoom est évincé en 2008 lors des premières élections démocratiques de l’histoire des Maldives, qui sacrent son jeune rival et détracteur de longue date Mohamed Nasheed.

Quelques années plus tard, la situation s’envenime. Le président réformiste est acculé à la démission en 2012 par une rébellion de l’appareil sécuritaire, fomentée selon lui par l’ex-autocrate.


Lors de l’élection présidentielle l’année suivante, Abdulla Yameen bat Mohamed Nasheed d’un cheveu dans des circonstances controversées. La Cour suprême annule le premier tour, où M. Nasheed était arrivé en tête, puis repousse deux fois le vote, laissant le temps à M. Yameen de forger des alliances.

Fustigé pour sa répression par l’Union européenne, les États-Unis et l’Inde, M. Yameen s’est rapproché ces dernières années de la Chine. Celle-ci lui a accordé des centaines de millions de dollars de prêts pour la construction d’infrastructures, des sommes qui représentent pour Pékin un levier d’influence.

« Lorsque je suis entré en fonctions, notre nation était sens dessus dessous. Les institutions de l’État étaient en plein chaos et les institutions (…) sur le point de s’effondrer », a déclaré Abdulla Yameen lors d’une récente allocution.

Un mandat présidentiel plus tard, il se vante d’avoir restauré la « stabilité et la prospérité économique » de ce pays sunnite de plus de 340.000 habitants, selon le dernier recensement en 2014, et dont les mers cristallines font rêver les touristes du monde entier.

À plusieurs reprises, le président maldivien a aussi démontré sa capacité à écraser toute menace potentielle à son règne.

En 2015, il attribue une explosion sur son yacht à une présumée tentative d’assassinat par son bras droit, le jeune vice-président Ahmed Adeeb, et le fait écrouer.

Suite à l’arrestation de l’ambitieux trentenaire, des correspondances et documents confidentiels liés à son activité parviennent à des médias internationaux et révèlent un vaste système de détournement de fonds publics orchestré par des proches du pouvoir.

« Des contrôleurs de gestion ont découvert par la suite qu’au moins 79 millions de dollars (…) ont été détournés par Adeeb et ses amis. Une grosse partie de cet argent aurait ensuite été distribuée à des politiciens, des juges, et au président lui-même », avançait une enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project parue la semaine dernière.

La crispation du régime s’est intensifiée début 2018 avec l’imposition par le président de 45 jours d’état d’urgence, en opposition à une décision de la Cour suprême qui cassait les condamnations judiciaires d’opposants – et a dû revenir sur son jugement. Une « attaque en règle contre la démocratie », selon l’ONU.


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