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Accord Congo-FMI: « l’Etat nous doit des milliards! »

Au Congo-Brazzaville, le portrait du président Denis Sassou Nguesso figure aux murs des hôtels et des petites épiceries tenues par des Mauritaniens ou des Maliens – mais pas dans le bureau du « vieux » Jean-Paul Matsima.

« L’Etat me doit doit 32 milliards de francs CFA (48 millions d’euros)! », accuse ce patron d’une entreprise de BTP qui cite le pont sur la rivière Djouéké comme exemple de travaux non-payés par le Trésor public.

« Je n’ai plus de personnel, à part 15 à 20 personnes. Je ne peux plus les payer », poursuit le vaillant septuagénaire.

Comme souvent sur les bords du fleuve Congo, les chiffres sont à prendre avec prudence. Sans compter que l' »honorable » Matsima, ancien député indépendant, a quelques différends politiques personnels avec le régime.

Il n’empêche. M. Matsima n’est pas le seul entrepreneur à se plaindre des impayés de l’Etat dans un pays sur-endetté qui vient de conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

Contraint à la transparence avec le FMI, le gouvernement a évalué sa dette envers les entreprises publiques et privées à 1.719 milliards de FCFA (2,6 milliards d’euros), soit 30% du total (8,5 milliards d’euros).

Le pays pétrolier d’Afrique centrale s’est retrouvé à cours d’argent quand le baril a chuté de 100 à 50 dollars entre 2014 et 2015.

Pour certains, le mal est bien plus profond.

« Les entreprises congolaises depuis 2002 subissent le non-paiement de leurs créances malgré le boom pétrolier », affirme le président de l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo (Unoc) El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka.

Bon nombre d’entreprises ont dû licencier ou fermer leurs portes, ajoute le responsable d’une des organisations patronales congolaises.

Le résultat est visible dans les rues de Brazzaville, avec plusieurs chantiers à l’arrêt.

Le plus emblématique est celui du nouveau bâtiment qui devait abriter le ministère de l’Intérieur, place de la République.

Les grues ne fonctionnent plus depuis 2016, se souvient un connaisseur du dossier. Un panneau indique le nom du concessionnaire: San José.

Il s’agit d’une entreprise espagnole qui annonçait sur son site internet un contrat de 58,48 millions d’euros au moment de l’adjudication en 2013.

Le cahier des charges prévoyait deux tours de neuf et dix étages d’une surface totale de 44.000m². Les deux tours sont bien sorties de terre, mais restent inachevées.


– Les chantiers chinois épargnés –

Que le vieux Matsima se rassure! Cette semaine en Conseil des ministres, le président Denis Sassou Nguesso a demandé au gouvernement une « évaluation précise de la dette intérieure », pour « procéder à sa liquidation » – « dès que les circonstances le permettront »…

Dans les rues de Brazzaville, une autre évidence saute à l’oeil nu: les chantiers chinois, eux, ne connaissent pas la crise.

C’est le cas du futur Parlement de l’autre côté de la place de la République, présenté comme une « aide de la Chine ». Lancé en 2017, le chantier doit être livré fin 2019 pour quelque 50 millions d’euros.

C’est encore le cas des tours jumelles de Mpila, le futur centre d’affaires au bord du fleuve Congo lancé en 2015 par la Beijing Construction Engineering Group (BCEG).

Des grands chantiers ont été déjà été livrés malgré la crise, comme le siège de la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA), inaugurée en avril 2018.

C’est que les entreprises chinoises ne sont pas payés directement par le Trésor public congolais. Elles passent par un canal de financement direct, auprès de la Banque Export-Import (Exim Bank of China).

Mais à l’arrivée, ces grands travaux chinois représentent le premier poste de la dette congolaise.

La dette du Congo envers Exim Bank of China s’élève ainsi à 1,36 milliard de francs CFA (deux milliards d’euros) et la dette bilatérale avec l’Etat chinois est de 1,4 milliard d’euros.

Une restructuration de la dette chinoise a été nécessaire avant que le FMI n’accepte de débloquer 448,6 millions de dollars de crédit sur trois ans pour aider Brazzaville.

« Il était impératif que le Congo obtienne (…) un allégement de la dette auprès de ses principaux créanciers, particulièrement de la Chine », précise le chef de mission du FMI à Brazzaville, Alex Segura-Ubiergo, sur le site de l’institution.

Pour le président de l’Unoc, le problème est plus large. « Le gouvernement reste pléthorique avec des gens qui sont soupçonnés par le peuple congolais de mauvaise gouvernance et de détournement de fonds publics », avance El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka.

Le FMI a aussi demandé au Congo-Brazzaville d’améliorer sa gouvernance. Cela pourrait passer par une réduction du nombre de ministres (actuellement une trentaine).



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