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Après avoir voté en nombre, les Bissau-Guinéens attendent leur nouvelle Assemblée

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Les habitants de Guinée-Bissau attendaient lundi dans le calme les résultats de leur vote aux élections législatives, marquées par une forte participation, pour savoir s’il permettra de dénouer une crise de plus de trois ans au sommet de l’Etat dans ce pays lusophone d’Afrique de l’Ouest.

Le siège de la Commission nationale des élections (CNE), dans la capitale, était lundi sous la surveillance de l’Ecomib, la force de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), déployée depuis 2012 en Guinée-Bissau pour y sécuriser la transition politique après le dernier putsch, qui avait interrompu la présidentielle cette année-là.

« La CNE est la seule institution habilitée à donner les premières tendances dans les 48 heures » du vote de dimanche, a déclaré à l’AFP un porte-parole de la Commission, Julio Ca. Ces résultats provisoires doivent ensuite être validés par la Cour suprême qui statue sur d’éventuels recours.

« A Bissau, nous avons collecté les procès-verbaux et chaque parti politique a aussi les siens. Il nous reste ceux de l’intérieur du pays qui tombent au compte-gouttes », a indiqué M. Ca.

Il n’a pas fourni d’estimation du taux de participation, jugée important par les observateurs nationaux et internationaux et qui avait frôlé les 90 % en 2014, lors des précédentes législatives, couplées au premier tour de la présidentielle.

La crise entre le président José Mario Vaz et le chef du parti historique, Domingos Simoes Pereira, inquiète d’autant plus la communauté internationale que les élections de 2014 avaient marqué un retour progressif à l’ordre dans ce pays secoué par des tentatives de putsch à répétition, une instabilité propice à l’implantation de narcotrafiquants sous la protection de hauts gradés.

Jusqu’à la désignation en avril 2018, grâce à une médiation de la Cédéao, d’un Premier ministre de consensus chargé d’organiser ces élections, Aristide Gomes, le Parlement a été bloqué pendant deux ans, empêchant le vote du budget, et retardant encore le paiement des fonctionnaires, source perpétuelle de grèves dans ce financièrement précaire.

– Majorité absolue ou alliance –

La saisie dans la nuit de samedi à dimanche de quelque 800 kg de cocaïne dans un camion immatriculé au Sénégal, la plus importante depuis au moins 12 ans, selon des sources policières, est d’ailleurs venue rappeler l’importance du trafic de drogue dans l’économie parallèle.


Le calme régnait dans la capitale où la circulation, largement ralentie dimanche, avait repris avec des embouteillages sur des axes menant notamment au marché de Bandim, le principal de la ville, et à l’aéroport, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Quelques militants se trouvaient au siège dans le centre-ville du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), ex-parti unique qui a conduit la lutte pour l’indépendance, en 1974, de cette ex-colonie portugaise.

Une dizaine de partisans du Parti pour la rénovation sociale (PRS, 41 députés), réputé proche d’une partie de la hiérarchie militaire, et du Madem-G15, formé par 15 députés frondeurs du PAIGC, qu’ils ont amputé de sa majorité absolue de 57 sièges sur 102 dans l’Assemblée sortante, étaient également présents aux quartiers généraux de ces deux formations.

« En Guinée-Bissau, il y a toujours eu des tensions dans l’attente des résultats », a déclaré lundi à l’AFP l’analyste politique Rui Landim, en allusion à la crainte de contestations potentiellement violentes.

Quelque 760.000 électeurs étaient appelés aux urnes pour un scrutin à la proportionnelle à un tour, avec pour la première fois un minimum de 36% de femmes candidates sur les listes des 21 partis en lice.

Le PAIGC espère retrouver la majorité absolue des sièges, comme en 2014, pour s’adjuger le poste de Premier ministre. Mais le Madem-G15 et le PRS, pour lequel le président Vaz, pourtant issu du PAIGC, a marqué sa préférence, comptent lui dénier cette victoire, éventuellement en formant une alliance, souhaitée par des militants de ces deux formations.

Un succès du PAIGC pourrait conduire à une nouvelle confrontation avec M. Vaz, alors qu’une élection présidentielle est prévue d’ici la fin du premier semestre, dans ce régime hybride faisant exception en Afrique de l’Ouest, où le présidentialisme est la norme.

La crise a éclaté en août 2015 lorsque le M. Vaz a limogé M. Pereira, qui était alors Premier ministre.

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