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Après « l’enfer », des Tunisiens crient « dehors les terroristes! »

« Crise politique, crise économique, terrorisme! Nous ne serions pas en enfer? », lance en colère un jeune Tunisien après avoir échappé à un attentat suicide en plein coeur de Tunis, qui a coûté la vie à un policier.

Le kamikaze s’est fait exploser à 11 heure locales à l’angle de la prestigieuse avenue Bourguiba et d’une artère commerciale très animée, créant un mouvement de panique. « Quelle catastrophe! », crie un jeune homme en fuyant pour se protéger.

Une demi-heure plus tard, un autre kamikaze frappait une caserne de la Garde nationale proche du centre.

Bilan de ces attaques, les premières dans la capitale tunisienne depuis octobre 2018, un mort et huit blessés. Mais aussi un sentiment d’amertume et de colère face aux conséquences potentielles sur la saison touristique dans une Tunisie qui compte sur ce secteur clé pour remettre en selle son économie.

« La saison touristique est foutue! » se lamente une quadragénaire, près du lieu de l’attentat de l’avenue Bourguiba, à deux pas de l’ambassade de France et de la médina de Tunis, très prisée des visiteurs.

Autour d’elle, un ballet d’ambulances et de voitures de la protection civiles tandis que policiers et gendarmes tentent fébrilement d’éloigner les curieux d’une scène morbide.

Près de la porte droite du véhicule de police visé, gisent sur le trottoir des parties de corps, probablement du kamikaze — un homme au cheveux bruns–, a constaté une journaliste de l’AFP. Des morceaux de chair jonchent le sol sur une dizaine de mètres.

« Eloignez-vous d’ici! Mais qu’est-ce que vous filmez! Dégagez! Rentrez chez vous! », crient des policiers paniqués alors que des rumeurs ont fait état de plusieurs autres attentats à travers le pays et que le président Béji Caïd Essebsi était hospitalisé suite à un « malaise grave ».

– Evanouis –

Sous l’effet du choc, certains passants se sont évanouis. Des boutiques, administrations, cafés et restaurants ont rapidement baissé leurs rideaux.


« Ne faites confiance à personne et surveillez les gens qui vous entourent », crie un autre policier en sueur, en s’adressant aux journalistes par peur d’autres attaques.

Aucun des deux attentats n’a été revendiqué jusqu’ici.

Après sa révolution contre la dictature en 2011, la Tunisie seule rescapée du Printemps arabe, a été confrontée à un essor de la mouvance jihadiste, responsable de la mort de plusieurs dizaines de soldats et de policiers, mais aussi de civils et de touristes étrangers.

Le 18 mars 2015, un attentat contre le célèbre musée du Bardo à Tunis revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) avait fait 22 morts, 21 touristes étrangers et un policier tunisien. Trois mois plus tard, un autre attentat contre un hôtel près de Sousse, à 140 kilomètres au sud de Tunis tuait 38 personnes dont 30 touristes britanniques, portant un coup très dur au tourisme.

Malgré l’état d’urgence, toujours en vigueur depuis un attentat commis en plein Tunis contre la sécurité présidentielle (12 agents tués), en novembre 2015, la Tunisie s’était récemment prise à espérer un regain du tourisme sur fond d’une situation sécuritaire semblant plus stable.

« La semaine dernière j’étais à Hammamet (station balnéaire) et tous les hôtels étaient pleins, maintenant tout sera vide », lâche dépité Yacine, un Tunisien présent sur les lieux de l’attentat.

« C’est une opération terroriste lâche » qui « vise à déstabiliser les Tunisiens, l’économie et la transition démocratique », a déclaré le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui s’est rendu sur l’avenue Habib Bourguiba après l’attaque.

Alors, spontanément, des Tunisois présents sur l’avenue Bourguiba se sont mis à scander: « Tunisie, liberté, les terroristes dehors! ».



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