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Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème et symbole malgré elle

La Pakistanaise Asia Bibi, acquittée mercredi d’accusations de blasphème qui lui avaient valu la peine de mort, est une chrétienne d’origine modeste que rien ne prédestinait à devenir un symbole de la défense des droits des minorités religieuses.

Pour cette mère de famille illettrée originaire de la province du Pendjab (centre) et âgée aujourd’hui d’une cinquantaine d’années, le cauchemar avait commencé en 2009 lors d’une dispute alors qu’elle travaillait aux champs.

Invoquant des raisons religieuses, deux femmes musulmanes avaient refusé de partager un verre d’eau avec elle et une querelle avait éclaté. Quelques jours plus tard, ces femmes avaient relaté l’affaire à un imam local qui avait accusé la chrétienne d’avoir « insulté » le prophète de l’islam, ce que celle-ci a toujours nié.

Le religieux s’était ensuite rendu auprès de la police, qui avait ouvert une enquête. Asia Bibi avait été arrêtée et poursuivie en justice en application de l’article 295 C du Code pénal pakistanais, qui prévoit la peine de mort dans un tel cas.

Elle avait été condamnée à la pendaison en 2010 et ses différents appels avaient été jusqu’ici tous rejetés.

Mme Bibi, qui souffre d’asthme, avait déposé son recours auprès de la Cour suprême en 2014 mais une précédente audition en 2016 avait été annulée suite au désistement au dernier moment de l’un des trois magistrats appelés à se prononcer.

Durant ces années de bataille judiciaire, son cas était devenu emblématique des dérives de la législation réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels, via la diffusion de fausses accusations.

– Peur permanente –

Sa famille avait reçu des menaces et avait été contrainte de fuir son domicile. Son mari Ashiq Masih avait dû trouver refuge dans un quartier populaire de Lahore, où il vivait avec les deux plus jeunes filles du couple, Esha et Ehsam.


« Papa me disait de ne pas sortir, que la situation au dehors était très mauvaise », expliquait à l’AFP Esham en 2016, à une période où la famille se sentait particulièrement menacée.

« Nous restions à l’intérieur en permanence », poursuivait-elle, confessant sa peur. « Un jour, quelqu’un va venir et me demander: +es-tu la fille d’Asia Bibi?+ »

Mme Bibi, dont le sort a ému plusieurs dirigeants occidentaux ainsi que les papes Benoît XVI et François, avait pour sa part été placée à l’isolement dans la prison pour femmes de la ville de Multan (centre) en raison d’inquiétudes pour sa sécurité.

Un autre de ses défenseurs, l’ex-gouverneur de la province pakistanaise du Pendjab, Salman Taseer, l’un des rares politiciens du pays à oser critiquer ouvertement l’islamisme, avait été assassiné en 2011 par l’un de ses propres gardes du corps, qui l’avait criblé de 29 balles dans un quartier cossu de la capitale Islamabad.

L’assassin, Mumtaz Qadri, avait été condamné à mort et pendu en 2016, suscitant la fureur des extrémistes. Ceux-ci exigeaient depuis que la chrétienne soit à son tour exécutée. Ils ont organisé des manifestations de protestation dès le verdict connu mercredi.

On ignorait dans l’immédiat ce qu’il adviendrait de Mme Bibi après sa sortie de prison, attendue dans les jours prochains.

« Je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Je vais sortir? Ils vont vraiment me laisser sortir? », a-t-elle déclaré mercredi à l’AFP par téléphone après l’annonce du verdict.

« Asia ne peut pas rester » au Pakistan une fois libérée, avait estimé son mari Ashiq Masih à la mi-octobre.

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