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« Attaque terroriste » à la prison de Condé-sur-Sarthe: ce que l’on sait

Un détenu radicalisé a poignardé deux surveillants mardi matin à la prison ultrasécurisée de Condé-sur-Sarthe (Orne), une attaque qualifiée de « terroriste » par la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Voici ce que l’on sait sur cette agression.

– Les faits –

Vers 09H45, le détenu Michaël Chiolo a attaqué deux surveillants avec un couteau. Selon un délégué du syndicat FO, cet homme a prononcé les mots « Allah Akbar » lors de l’agression. « Le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute », pour Nicole Belloubet. La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête.

Le détenu s’est retranché avec sa compagne au sein de l’unité de vie familiale de la prison. En début d’après-midi, il s’y trouvait toujours et les forces d’intervention n’avaient pas établi de contact avec lui.

Une cellule de crise a été mise en place. Les équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) de Rennes et le RAID, l’unité d’élite de la police nationale, ont été dépêchés. Le procureur de Paris Rémy Heitz s’est rendu sur les lieux.

Pour Nicole Belloubet, le couteau, en céramique et donc non repéré par le détecteur de métaux, aurait pu avoir été apporté par la femme du détenu.

La ministre a demandé une « inspection » pour « faire la lumière » sur cette attaque.

– Comment vont les surveillants agressés ? –

La vie des deux surveillants, âgés d’une trentaine d’années, n’est « pas en danger », selon Nicole Belloubet. Le plus grièvement blessé, « éventré » selon le délégué FO, a subi une intervention chirurgicale. L’autre surveillant a été touché à la mâchoire, au visage et dans le dos, selon cette source.

– Qui est Michaël Chiolo? –

Cet homme de 27 ans, converti à l’islam en 2010, est un détenu de droit commun qui purge une peine de 30 ans de réclusion. Il avait été condamné en décembre 2015 pour avoir étouffé un homme de 89 ans, après l’avoir séquestré et « momifié » à son domicile près de Metz en 2012.

Il a aussi été condamné à un an de prison pour apologie de terrorisme au cours de sa détention à Mulhouse, pour avoir demandé le 14 novembre 2015 à ses codétenus de « rejouer » l’attaque du Bataclan.


Michaël Chiolo, qui est suivi par le renseignement pénitentiaire, est inscrit au fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), a indiqué la ministre de la Justice. Selon une source policière, il s’est « radicalisé en prison ».

Il n’est « pas simple à gérer, donc il fait l’objet d’un suivi extrêmement attentif », a indiqué Nicole Belloubet. Il n’était pas à l’isolement et ne se trouvait pas dans le quartier pour radicalisés (QPR) ouvert dans cette prison en septembre.

L’avocate Pauline Brion, qui l’avait défendu lors de son procès en 2015, se souvient d’un garçon « intelligent, très cultivé », sans formation ni profession, « devenu un peu vagabond ». Il avait selon elle rencontré sa compagne en prison: « il avait écrit à quelqu’un après sa conversion pour qu’on lui trouve une épouse ».

– Une prison ultrasécurisée –

L’établissement de Condé-sur-Sarthe, inauguré en 2013, est, avec celui de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), le plus sécurisé de France. Il héberge actuellement 110 détenus pour 195 places. Mais cette maison centrale accueille des profils dangereux, notamment des jihadistes.

Des quartiers pour radicalisés ont été ouverts dans ces prisons. La prison de Condé est encadrée par quatre miradors et un mur d’enceinte de trois mètres plus haut qu’ailleurs.

– Les principaux précédents –

En septembre 2016, un détenu marocain, Bilal Taghi, a tenté de tuer à l’arme blanche deux surveillants de la prison d’Osny (Val-d’Oise). Condamné pour un voyage avorté vers les terres du jihad syrien, le détenu avait expliqué qu' »il voulait passer à l’acte immédiatement au nom de Daech », acronyme du groupe Etat islamique. Pour l’administration pénitentiaire, il s’agissait du « premier attentat jihadiste fomenté en prison ».

En janvier 2018, l’organisateur de l’attentat contre la synagogue de Djerba en 2002, l’islamiste allemand Christian Ganczarski, avait blessé à l’arme blanche trois surveillants à Vendin-le-Vieil. Cette agression avait donné le coup d’envoi d’un mouvement très suivi en France de protestation des agents pénitentiaires pour de meilleures conditions de travail.

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