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Attentat de l’Amia en Argentine: verdict dans le procès pour entrave à l’enquête

L’ex-président argentin Carlos Menem, son chef des renseignements et le juge instructeur seront-ils condamnés pour entrave à l’enquête sur l’attentat contre la communauté juive de 1994 à Buenos Aires? La justice argentine rend son verdict jeudi.

Vingt-cinq ans après la déflagration qui a pulvérisé l’immeuble abritant les institutions juives du pays, dont la mutuelle Amia – tuant 85 personnes et en blessant 300 – l’impunité reste totale.

L’attentat à la bombe contre l’ambassade d’Israël à Buenos Aires en 1992 (29 morts, 200 blessés), n’a pas non plus été élucidé.

Ces attaques n’ont jamais été revendiquées mais l’Argentine et Israël accusent l’Iran de les avoir commanditées.

Le ministère public a requis, en décembre 2017, une peine de quatre ans de prison contre l’ancien président argentin Carlos Menem (1989-1999), l’un des treize accusés.

Agé de 88 ans, M. Menem est attendu jeudi dans la salle d’audience du tribunal Comodoro Py de Buenos Aires pour la lecture du verdict, mais avant il aura l’occasion de clamer une dernière fois son innocence.

Pendant le procès, qui a duré quatre ans, Carlos Menem est resté muet, disant que s’il parlait « cela pourrait affecter les intérêts de l’Argentine et provoquer la rupture d’une coexistence pacifique » avec d’autres pays.

La peine la plus lourde, 13 ans, a été requise contre l’ancien juge d’instruction Juan José Galeano. Se déclarant innocent, M. Galeano a dit lors des audiences qu’il « avait toujours tenté d’établir la vérité » pour trouver les coupables.

– « Piste syrienne » –

Contre les deux autres poids lourds assis sur le banc des accusés, l’ancien chef des services de renseignement de l’époque, Hugo Anzorreguy, et l’ex-président de la communauté juive, Ruben Beraja, le procureur a respectivement requis six et un an de prison.


« Nous espérons qu’ils seront tous condamnés. Pour nous, ce procès est aussi important que l’enquête sur l’attentat car ils n’ont pas permis qu’on sache la vérité », a affirmé Adriana Reisfeld, présidente de Mémoire active, une association de victimes qui s’est constituée partie civile.

Le juge Galeano a dit pour sa défense que l’enquête sur l’attentat de l’Amia (Association mutuelle israélite argentine) « a été victime des misérables luttes internes au sein des services de renseignement ».

Accusé d’avoir remis 400.000 dollars à Carlos Telleldín, indic de la police, pour qu’il accuse un groupe de policiers, M. Galeano s’est défendu en expliquant que « c’était incontournable » pour élucider l’attentat. Il a nié avoir agi sur ordre de Carlos Menem.

Ce dernier, d’origine syrienne, est accusé d’avoir ordonné au juge d’abandonner « la piste syrienne », qui menait au chef d’entreprise Alberto Kanoore Edul et à d’autres entrepreneurs qui achetaient de l’Ammonal, l’explosif utilisé lors de l’attentat.

Le procureur Miguel Yivoff a déploré jeudi que cette piste syrienne, et d’autres, ait été écartée. D’après le magistrat, Alberto Kanoore Edul a parlé le jour de l’attentat avec Carlos Telleldin, l’ancien propriétaire du véhicule à l’intérieur duquel se trouvait la charge explosive qui a soufflé l’Amia.

Si Carlos Menem est condamné, ce ne serait pas la première fois. En 2013, il a écopé de sept ans de prison pour vente d’armes à destination de la Croatie et de l’Equateur, en violation d’un embargo, puis en 2015 à quatre ans et demi de prison pour des versements illégaux à de hauts fonctionnaires.

M. Menem bénéficie d’une immunité du fait de son statut de sénateur. Elle le dispense de purger toute peine de prison, mais ne l’empêche pas d’être jugé.

Une autre procédure pour entrave à l’enquête sur l’attentat de l’Amia a été ouverte contre l’ex-présidente Cristina Kirchner, qui a été mise en examen en 2017. C’est un accord conclu par Mme Kirchner avec l’Iran qui est mis en cause : il prévoyait l’audition à Téhéran, par des juges argentins, de dirigeants iraniens suspects. Mais l’accord est resté lettre morte.



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