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Au Kazakhstan, le « réveil » de nouveaux visages de la contestation

Sans espoir de changement par les urnes, dix jeunes Kazakhs se sont tournés vers les réseaux sociaux pour clamer leur « réveil » face à l’injustice sociale, la censure et la pollution qui minent selon eux leur pays d’Asie centrale.

A l’approche de l’élection présidentielle anticipée de dimanche, il fait peu de doutes que le candidat du parti au pouvoir, Kassym Jomart-Tokaïev, sera élu après avoir été adoubé par celui qui dirigeait d’une main de fer l’ex-république soviétique depuis son indépendance, Noursoultan Nazarbaïev.

Désabusés face à cette transition bien orchestrée, certains jeunes militants ont choisi de s’exprimer dans une vidéo baptisée « Je me suis réveillé ».

« Je me suis réveillé dans un pays qui avait changé le nom de sa capitale en une journée sans poser la question à ses citoyens », y clame Anouar Nourpeisov.

Assia Toulessova, 34 ans, dit s’être « réveillée » dans un endroit « où tu écopes de 15 jours [de prison] pour avoir appelé à manifester pacifiquement ».

Si le scrutin de dimanche est inédit, en l’absence de Noursoultan Nazarbaïev, 78 ans, qui a démissionné en mars dernier, la victoire quasi certaine de son dauphin désigné, réputé pour sa loyauté, laisse entrevoir peu de changements.

Lors de son investiture, M. Jomart-Tokaïev, 66 ans, avait prévenu ne pas avoir l’intention de réformer le régime, accusé par ses détracteurs d’encourager les dérives autocratiques et la corruption.

Ce diplomate de carrière avait également renommé la capitale kazakhe, Astana, Nur-Sultan en l’honneur de son mentor.

Malgré le fait qu’il ne sera plus président, Noursoultan Nazarbaïev va continuer à jouer un rôle politique de premier plan.

– « Ne pas fuir la liberté » –

Au Kazakhstan, « nous avons des élections, mais pas de choix », résume Assia Toulessova, interrogée par l’AFP à Almaty, dans le sud, la plus grande ville du pays.

Cette militante a déclenché une vague de contestation animée par de jeunes artistes après avoir été condamnée en avril à deux semaines de prison. Motif: avoir déployé une banderole « On ne peut pas fuir la vérité » lors d’un marathon à Almaty. Ce slogan est aussitôt devenu viral sur Facebook, Instagram et Twitter.

La vidéo « Je me suis réveillé » marque une nouvelle étape pour cette nouvelle génération de militants rejetant la passation de pouvoir opérée par l’Etat.


Son titre fait référence au cycle de poèmes « Réveille-toi, Kazakh ! » écrit par Mirjakyp Doulatov, un poète mort dans les camps staliniens. Alors que le Kazakhstan faisait partie de l’Empire russe au début du XXe siècle, cet intellectuel avait appelé à une prise de conscience nationale.

Anouar Nourpeisov, qui a eu l’idée de la vidéo, affirme s’être inspiré de figures de la lutte pour l’indépendance.

« A l’école, mon professeur de kazakh me répétait que ces hommes avaient posé les fondations de notre indépendance », raconte-t-il à l’AFP. « Mais cette indépendance n’est pas complète, car nous sommes toujours les esclaves du système actuel ».

– Boycott électoral –

Sur une avenue du centre d’Almaty, des jeunes poètes ont récité la semaine dernière des vers évoquant les élections, la corruption, les problèmes de pollution et les internautes fidèles à Nazarbaïev – surnommés les « Nourbots ».

Quelques jours plus tôt, d’autres jeunes, favorables eux au pouvoir, avaient filmé leur propre version de « Je me suis réveillé » en défendant une image positive du pays. « Il est temps de grandir », disait l’un d’eux.

Pour Timour Nousimbekov, créateur d’un site d’information culturelle à Almaty, l’insatisfaction grandissante au sein de la jeunesse et les possibilités de mises en relation permises par internet pourraient néanmoins constituer un défi pour les autorités, au-delà de l’élection de dimanche, jouée d’avance.

« Revenir en arrière semble de plus en plus impossible », affirme le journaliste.

Il cite des cas de « protestations artistiques » dans la capitale et d’autres villes de province, signe que le mouvement s’est répandu en dehors d’Almaty, réputée pour le dynamisme de sa société civile.

Lors d’une remise de diplôme fin mai à Nur-Sultan en présence de M. Nazarbaïev, une étudiante avait osé arborer une casquette avec le slogan « Réveille-toi! ».

A Almaty, la plupart des jeunes poètes rencontrés par l’AFP ont affirmé ne pas avoir l’intention de voter.

« Nous irons voter, mais nous invaliderons les bulletins », affirme Suinbike, une artiste qui préfère taire son nom de famille. En avril, elle avait passé 10 heures dans un poste de police pour avoir filmé la bannière polémique.



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