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Au nom du père, passager d’un vol détourné vers la Corée du Nord, il y a 50 ans

Il y a près de 50 ans jour pour jour, un agent nord-coréen détournait vers Pyongyang un vol sud-coréen à bord duquel se trouvait le père de Hwang In-cheol, qui croit encore en des retrouvailles.

M. Hwang avait deux ans quand il a vu pour la dernière fois cet homme dont seules quelques vielles photos lui rappellent le visage. Il a pourtant passé l’essentiel de sa vie d’adulte à remuer ciel et terre pour le faire revenir.

C’est dans le cadre d’un voyage professionnel que Hwang Won, qui travaillait pour la chaîne sud-coréenne MBC, avait le 11 décembre 1969 pris place à bord du vol de Korean Air entre Gangneung et Séoul.

Quelques minutes après le décollage, Cho Chang Hee, un agent nord-coréen, faisait irruption dans le cockpit avec une arme, contraignant le pilote à faire route vers Pyongyang.

Des survivants racontent que l’avion fut escorté par trois chasseurs nord-coréens et que M. Cho quitta l’aéroport avec des officiers de l’armée.

Un bandeau fut mis sur les yeux des 50 passagers et membres de l’équipage avant de descendre de l’appareil.

– Une mère à jamais traumatisée –

L’affaire déclencha une vague mondiale d’indignation et entraîna le vote à l’ONU d’une résolution condamnant ce détournement. Deux mois plus tard, 39 des personnes qui avaient été enlevées furent renvoyées au Sud. Mais pas le père de M. Hwang.

Ceux qui rentrèrent affirmèrent que ce dernier avait été emmené par les Nord-Coréens pour avoir remis en question l’idéologie du régime et résisté à l’embrigadement.

La Croix-Rouge a longtemps demandé le retour des 11 Sud-Coréens. Pyongyang soutient qu’ils n’ont pas été enlevés, mais que certains avaient choisi de rester au Nord.

Avec le temps, l’intérêt public pour cette affaire s’est estompé. La vie de la famille de M. Hwang a été bouleversée à jamais. « Mon existence a été une succession d’épreuves », confie le quinquagénaire.

Sa mère fut irrémédiablement traumatisée par cette disparition au cours de quelque chose d’aussi anodin qu’un trajet en avion, et développa une angoisse chronique du quotidien, explique Hwang In-cheol.

Elle interdisait à ses enfants de faire du vélo, de peur qu’ils ne soient percutés par une voiture, ou de se baigner, de crainte qu’ils ne se noient.

– « L’indifférence » de Séoul –


Le fait que son père se trouve en Corée du Nord, avec laquelle le Sud est toujours techniquement en guerre, fut plus tard « un handicap majeur » pour M. Hwang, objet de suspicion qui devait sans cesse s’en expliquer, dans ses recherches d’emploi notamment.

En 2001, une réunion de familles séparées par la guerre permit à une hôtesse de l’air du vol détourné, Sung Kyung-hee, de rencontrer sa mère qu’elle n’avait plus revue depuis trois décennies.

Ces poignantes retrouvailles poussèrent M. Hwang vers la quête de son père. Il démissionna pour sillonner la Corée du Sud afin d’en sensibiliser les habitants.

Il est convaincu que son père, qui aurait 82 ans, est toujours en vie, en citant notamment un témoignage fiable l’accréditant, obtenu en 2017 par un intermédiaire.

Il s’appuie notamment dans ses démarches sur la Convention de l’ONU sur la répression de la capture illicite d’aéronefs, ratifiée par Pyongyang en 1983. Séoul, dit-il, doit l’invoquer pour réclamer la libération des captifs.

La Corée du Sud encouragea initialement les familles à faire profil bas pour ne pas compliquer l’existence de leurs proches au Nord.

Les relations Nord-Sud ont connu depuis 2001 des hauts et des bas. Mais il dénonce « l’indifférence » d’une diplomatie sud-coréenne qui ne lui a jamais servi, pas même lors du rapprochement intercoréen en 2018.

– « Voir si je lui ressemble » –

« Cela n’a été qu’une répétition des appels vides à la réunification que nous avions déjà entendus sous les précédents gouvernements libéraux », balaie-t-il. « Les questions humanitaires, pourtant les plus importantes, sont toujours oubliées ».

En mai, lors de l’Examen périodique universel de la situation en Corée du Nord par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, l’Islande et l’Uruguay ont spécifiquement demandé à Pyongyang la libération des victimes du détournement.

Séoul a simplement demandé à Pyongyang de « traiter les questions des personnes enlevées et des prisonniers de guerre ».

Le ministère sud-coréen de l’Unification, compétent sur les questions intercoréennes, s’est refusé à dire à l’AFP si la question des victimes du détournement de 1969 avait été abordée lors des sommets de 2018.

M. Hwang, lui, ne lâchera pas l’affaire: « Cela ferait aussi de moi un acteur de la détention forcée de mon père. Mon but n’est pas de voir son cadavre ou de me recueillir sur sa tombe. Je veux juste voir si je lui ressemble, ressentir ce que c’est d’avoir un père ».


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