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Au Pakistan, les Hazaras chiites se terrent dans des « ghettos » par peur des attentats

Dans le sud-ouest du Pakistan, la communauté chiite hazara, qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes, est contrainte de se terrer dans des « ghettos » archi-sécurisés par peur des attentats. Et les autorités semblent impuissantes à la protéger.

La dernière attaque, qui remonte au 12 avril, a fait 68 morts et blessés, essentiellement des commerçants de la communauté hazara venus s’approvisionner sur un marché de la ville de Quetta sous la protection de paramilitaires pakistanais.

Ceux-ci n’ont pu empêcher un kamikaze de se faire exploser. Les Hazaras sont la cible d’extrémistes sunnites et disent vivre dans un état de peur permanente.

L’attaque, revendiquée tant par l’Etat islamique que par un groupe armé local, le Lashkar-e-Jhangvi, n’est que le dernier épisode d’une longue série de violences contre cette minorité qui se terre dans deux enclaves placées sous haute sécurité.

A Quetta, qui compte 2,3 millions d’habitants, ils sont ainsi quelque 500.000 Hazaras à habiter à Marriabad et Hazara town, deux quartiers entourés par dix check-points et que protègent 600 membres des forces de sécurité, selon un cadre du gouvernement du Baloutchistan.

Cette vaste province frontalière de l’Iran et l’Afghanistan, dont Quetta est la capitale, est la plus instable du Pakistan. Des groupes armés extrémistes et séparatistes se cachent dans ses déserts et ses montagnes.

Pour entrer dans les enclaves, les non-Hazaras doivent montrer un document d’identité. Les Hazaras, qui craignent d’en sortir, se plaignent de vivre dans un isolement complet.

– « Prison » –

« Ici, c’est comme une prison », estime Bostan Ali, un militant hazara: « Coupés du reste de la ville », « confinés », « les Hazaras subissent une torture mentale. »

Les Hazaras constituent une grande partie de la communauté chiite du Pakistan, qui elle-même compte pour environ un cinquième de la population de ce pays de 207 millions d’habitants, principalement sunnite.

Aisément repérables à leurs traits asiatiques marqués, qui font d’eux des cibles faciles pour des extrémistes sunnites, ils ont subi des dizaines d’attaques depuis 2001 au Pakistan comme en Afghanistan voisin.

Ces cinq dernières années, 500 ont ainsi péri et 627 ont été blessés à Quetta, selon un cadre pakistanais des services de sécurité. Abdul Khaliq Hazara, président d’un parti hazara, estime lui qu’entre 1.500 et 2.000 Hazaras ont été tués au Baloutchistan.

Plus de 30 ont été assassinés sur un seul tronçon de 3 km entre Marriabad et Hazara town, dans une dizaine d’attaques, malgré la présence de trois check-points, affirme à l’AFP Muhammad Aman, un professeur basé à Hazara town.

Le nombre précis d’attaques et de victimes sur cette route n’a pu être confirmé de source officielle à l’AFP.


En sortant des colonies hazaras, « nous savons que nous traversons une zone de guerre » où « tout peut arriver », explique l’étudiant Nauroz Ali. « Mais nous devons gagner nos vies pour nos familles. »

Critiquée pour son inefficacité, la police affirme que « toutes les mesures sont prises pour la sécurité » des Hazaras. Ces six dernières années, « plus de policiers sont morts que de Hazaras » en protégeant ces derniers, insiste un officier, Abdur Razzak Cheema.

Nombre de terroristes ont été arrêtés et d’autres éliminés, poursuit l’officier. Mais « de nouveaux groupes se sont reformés. Nous essayons de les retrouver et d’éradiquer la menace. »

– « Pas de fuite possible » –

Le dispositif sécuritaire est monté de plusieurs crans : après plusieurs attentats les ciblant, les négociants en fruits et légumes ont été dotés d’escortes quand ils allaient s’approvisionner au principal marché de Quetta.

Malgré cela, l’attentat-suicide du 12 avril a tué 20 personnes et en a blessé 48 autres.

Désormais, le gouvernement veut installer des caméras de surveillance sur ce marché, voire en « établir un pour les commerçants hazaras dans leurs localités », affirme le brigadier Tasawar Ahmad, commandant des Frontier corps, une division paramilitaire.

Mais les Hazaras sont sceptiques.

« Si trois check-points en 3 km ne peuvent (nous) protéger, est-ce que des escortes, des barrières et de la vidéosurveillance auront un meilleur résultat ? », s’interrogeait récemment le professeur Muhammad Aman, dans un éditorial co-écrit pour le quotidien Dawn.

« Il semble que les terroristes gagnent cette guerre », a-t-il ajouté. « Leur message est clair : allez à l’université, au marché ou dans une autre ville et nous vous tuerons (…). Si vous êtes protégés, nous mettrons des bombes dans des sacs de patates ou sur les bords de route. Il n’y a pas de fuite possible. »

Même les enclaves ne sont pas sûres, deux attentats sanglants y ont fait près de 200 morts en 2013.

D’après le parti démocratique hazara, entre 75.000 et 100.000 Hazaras ont fui la violence ailleurs dans le pays ou à l’étranger depuis l’éruption de violences ces dernières années.

« Nous sommes sans espoir », soupire Tahir Hazara, un habitant d’Hazara town, qu’il qualifie de « ghetto ». Meneur d’un sit-in de plusieurs jours après le dernier attentat, il questionne : « De qui devons-nous attendre la protection pour sauver nos vies ? »



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