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Au Soudan, des rassemblements de nuit pour relancer la contestation

Le soleil se couche sur Khartoum, et des habitants installent des rangées de chaises et une estrade pour les leaders de la contestation soudanaise: afin de contourner la répression et le blocage d’internet, les opposants au pouvoir militaire se mobilisent désormais de nuit.

Avec les coupures d’électricité, l’accès à internet largement bloqué depuis plus de deux semaines et des forces de sécurité aux aguets, les habitants du quartier de Jabra ont souffert pour organiser ce rally qui au final a attiré des dizaines de personnes.

Mais en quelques heures seulement, des générateurs ont été installés, des hauts-parleurs branchés, des chaises en plastique alignées. Quant à l’éclairage de l’estrade, il est assuré par les phares de voitures. Et pour sécuriser le secteur, des barricades ont été érigées à la hâte.

« La campagne nous permet d’être au courant de ce qu’il y a de nouveau au Soudan », lance Moujahid Abdelnabi, qui participe au rassemblement.

« Nous ne sommes plus en contact avec l’Alliance pour la liberté et le changement », fer de lance de la contestation, déplore-t-il.

Car l’accès à internet et surtout à la 4G des portables est bloqué depuis la dispersion dans le sang à Khartoum d’un sit-in de manifestants le 3 juin.

Cela faisait des semaines que le campement était installé devant le QG de l’armée pour réclamer un transfert du pouvoir aux civils, après la destitution par les militaires du président Omar el-Béchir, le 11 avril.

Le drame et la répression qui s’est poursuivie les jours suivants ont fait au moins 128 morts, selon des médecins proches de la contestation –61 d’après les autorités.

– « Nous n’avons plus peur » –

Dans ce contexte tendu, la mobilisation est de plus en plus difficile, d’autant plus que les redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) sont déployés à tous les coins de rue.

Ce sont ces forces qui sont accusées par la contestation et des ONG d’avoir orchestré la dispersion. Mais le Conseil militaire de transition, qui dirige le pays, a assuré ne pas avoir ordonné l’opération, qui devait cibler à l’origine des « criminels » dans un secteur voisin.

Malgré les risques, les habitants étaient au rendez-vous à Jabra, déterminés à maintenir la pression sur les militaires.

« Liberté, paix, justice », « Nous allons installer un pouvoir civil, qu’importe le temps que ça nous prend », ont scandé les participants, avant le début du rassemblement.


« Maintenant les gens peuvent faire la différence entre le bien et le mal », lâche Lamia Babiker, qui a fait le déplacement.

« Des gens de différents quartiers ont été tués et d’autres sont portés disparus depuis la dispersion. Nous n’avons plus peur », ajoute la quadragénaire.

Cela fait plus d’une semaine que la contestation organise ces « conférences » et rassemblements nocturnes.

Objectif: permettre un contact direct entre la population et les militants. Les annonces se font en général par SMS, et le bouche à oreille fait le reste.

– « Renverser un dictateur » –

Avant le blocage d’internet, ils étaient des milliers à rallier marches et rassemblements annoncés sur les réseaux sociaux.

« Nous voulons juste garder la communication avec les gens, pour confronter le black-out imposé par le Conseil militaire », assure Waheeb Mohamed Saïd, un militant de L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.

« Une de nos conditions pour reprendre les négociations, c’est le retour d’Internet », martèle M. Saïd, venu à Jabra prononcer un discours.

Les pourparlers entre pouvoir militaire et contestation sont suspendues depuis le 20 mai. Mais l’Ethiopie a lancé une médiation entre les deux parties qui ont accepté de reprendre les négociations.

« Si ça échoue, nous allons continuer avec différentes formes d’escalade pacifique, y compris la désobéissance civile », met en garde M. Saïd.

Après la dispersion du sit-in, la contestation avait d’ailleurs lancé une grève générale et un mouvement de désobéissance civile de plusieurs jours qui avaient été bien suivis. Et aujourd’hui, les contestataires sont déterminés à défendre leur « révolution ».

« On va continuer », lâche Doha, 22 ans. « On n’a pas renversé un dictateur pour en installer un autre ».



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