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Au Venezuela, la génération Guaido qui menace le pouvoir chaviste

En 2007, un groupe d’étudiants faisait une entrée fracassante dans la politique vénézuélienne en organisant de grandes manifestations contre le président Hugo Chavez qui conduiront à l’unique défaite électorale de l’ancien dirigeant socialiste.

Plus de dix ans après, un des membres les plus discrets de ce groupe, Juan Guaido, mène l’offensive contre le pouvoir du président Nicolas Maduro, l’héritier de Chavez (1999-2013), jamais autant menacé.

Le 23 janvier, à la surprise générale, Juan Guaido, 35 ans, président du Parlement, unique institution aux mains de l’opposition, s’est déclaré président par intérim du Venezuela, reconnu depuis officiellement par une quarantaine de pays.

Désireux de voir cesser la sévère crise économique qui frappe leur pays, des millions de Vénézuéliens ont placé en lui leurs espoirs, alors qu’il a revigoré une opposition fracturée et fait souffler un air frais sur la politique vénézuélienne.

Il y a douze ans, avec d’autres étudiants, il avait déjà remobilisé l’opposition en organisant de grandes manifestations contre un projet de réforme constitutionnelle ouvrant la voie à un nombre illimité de mandats, voulue par le président Chavez et finalement rejetée par référendum.

Depuis, nombre de ces leaders étudiants ont rejoint la politique, sont devenus des figures médiatiques, comme David Smolansky, ex-maire d’une commune de l’agglomération de Caracas, désormais exilé à Washington, ou les députés Manuela Bolivar et Juan Andrés Mejia.

Juan Guaido a également choisi le Parlement, où il a été élu suppléant en 2010 puis député titulaire en 2015, tout en restant plus en retrait.

« Il n’aimait pas s’exposer, il ne cherchait pas les mégaphones, ne courait pas après les médias », se remémore Angel Zambrano, un camarade étudiant de l’époque des manifestations. « Il était davantage dans l’organisation, plus technique », raconte-t-il à l’AFP.

Désormais à la Une des journaux du monde entier, le jeune opposant n’était pourtant connu que par 3% des Vénézuéliens lorsqu’il a été élu le 5 janvier président du Parlement, selon une enquête de l’institut Delphos.

– A la recherche d’un « outsider » –

En 2015, l’opposition a remporté les élections législatives, infligeant au chavisme sa plus grande défaite électorale. Mais après le blocage d’un référendum révocatoire contre Nicolas Maduro et l’échec des manifestations antigouvernementales de 2017, qui ont fait 125 morts, les divisions se sont creusées, sur fond d’intérêts politiciens et de divergences sur la stratégie à adopter face au gouvernement.


« Les gens ont commencé à ne plus avoir confiance, à se lasser de la politique traditionnelle (…). A surgi l’idée (dans l’opposition) d’essayer de trouver un outsider », explique à l’AFP Félix Seijas, de l’institut Delphos.

Lors des marches de protestation lancées depuis le 23 janvier contre le gouvernement, les opposants qualifient souvent l’ex-ingénieur aux origines modestes de « bonne surprise » non issue du sérail politique. Même Nicolas Maduro s’est dit prêt à le rencontrer.

Juan Guaido et les membres de sa génération sont « les petits-enfants des dinosaures de la IVe République », avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez, tacle Diosdado Cabello, président de l’Assemblée constituante, composée de fidèles du pouvoir et qui remplace en pratique le Parlement depuis 2017.

– « Créer des héros » –

« Il est le leader que nous attendions tous, il est neuf, jeune, il n’est pas contaminé par la vieille politique », s’enthousiasme Carlos Morales, 62 ans, un ancien partisan du chavisme passé à l’opposition.

L’ascension de Juan Guaido est aussi le résultat d’un accord entre les différents partis de l’opposition, affaiblie après la neutralisation ces dernières années de ses figures montantes.

Leopoldo Lopez, 47 ans, est en résidence surveillée, Freddy Guevara, 32 ans, s’est réfugié à l’ambassade du Chili et Henrique Capriles, 46 ans, deux fois candidat à la présidentielle, a été déclaré inéligible.

Ce dernier met toutefois en garde contre le risque de faire de Juan Guaido un « dieu ». « Ce pays a parfois tendance à créer des héros facilement », souligne l’opposant qui prône un « mélange des générations ».

En 2009, Juan Guaido a participé à la fondation du parti Voluntad Popular (Volonté populaire). Dans l’organigramme, il figurait derrière Leopoldo Lopez et Freddy Guevara.

Quand est arrivé le tour de Voluntad Popular d’assumer la présidence du Parlement début janvier, selon une règle de présidence tournante, le consensus s’est porté sur Juan Guaido. « Cela a créé l’opportunité » de renouveler l’opposition, analyse Félix Seijas.

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