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Aux Comores, Iconi la rebelle veut écarter « son » président

Encore une fois, Iconi a joué les rebelles. Depuis trois mois, cette banlieue de la capitale comorienne Moroni a interdit de séjour les candidats à l’élection présidentielle de dimanche, après la mort d’un de ses habitants victime d’une bavure de l’armée.

En cette fin d’après-midi, le soleil couchant jaunit les murs de la mosquée qui domine la grand-place de la cité. A l’ombre des ruines du palais d’un ancien sultan, quelques hommes profitent en silence de l’air du large pour oublier la chaleur gluante de la journée.

Peu d’affiches, pas de caravane électorale pétaradante ni de candidat en vue. A Iconi, l’effervescence des derniers jours de la campagne semble bien loin.

« Nous avons perdu un frère, alors on ne peut pas accepter que les hommes politiques viennent ici faire de la propagande », proclame Said Ali Tabib, 48 ans, « on n’empêchera pas le déroulement du scrutin dimanche mais nous sommes en deuil ».

Depuis le 9 décembre, la banlieue de plus de 10.000 habitants pleure la mort de l’un de ses fils prodigues. Ce jour-là, Hamada Saïd, 34 ans, dit « Gazon » parce qu’il passait son temps sur les terrains de sports, a été abattu par un gendarme lors d’une opération de maintien de l’ordre qui a mal tourné.

Une histoire banale de corruption de hauts fonctionnaires proches du pouvoir qui a monté tout Iconi contre le président et candidat à sa réélection Azali Assoumani.

Pour faire simple, des habitants d’Iconi qui faisaient dédouaner leur véhicule sont témoins des combines d’un magistrat qui effectue la même démarche pour sa voiture, sans verser un centime, avec la complicité de militaires.

– ‘Abattu dans la rue’ –

Furieux que les douaniers leur demandent, à eux, de payer, ils s’enfuient à bord de leur voiture. Le lendemain, la gendarmerie fond sur Iconi pour récupérer le véhicule « volé ».

La situation dégénère et les forces de l’ordre ouvrent le feu. Bilan un mort et sept blessés, dont deux graves.

« Hamada n’avait rien à voir avec tout ça », assure son beau-frère Moussa Hadji, 50 ans. « Il était à la maison quand la fusillade a éclaté. Il est sorti pour vérifier que tout allait bien chez sa mère », poursuit l’enseignant, « ils l’ont abattu dans la rue ».

Iconi traîne depuis des décennies une réputation de banlieue turbulente. En 1977, l’armée y avait déjà ouvert le feu sur la foule, faisant 13 morts.

Une quarantaine d’années plus tard, sa population s’est à nouveau levée contre le gouvernement et le chef de l’Etat, accusés cette fois d’être responsables de la mort de « Gazon ».


« Ce qu’on veut, c’est la justice », exige un des amis de la victime, Azi Dine, 28 ans. « Il faut condamner celui qui a tiré, celui qui a donné l’ordre d’ouvrir le feu et le chef de l’armée, le président Azali lui-même ».

Dès le lendemain de son enterrement, les jeunes de la banlieue ont érigé des barricades et mis le feu à la gendarmerie locale. Les habitants d’Iconi ont dû se réunir en urgence pour tenter de calmer les esprits.

– ‘Incident’ –

« En période électorale, on ne pouvait pas garantir la sécurité des candidats, donc on a décidé de leur interdire de faire campagne chez nous », explique un des responsables locaux, qui préfère taire son nom par peur des représailles, « c’était la seule solution ».

Car très vite, la mort de « Gazon » a pris un tour politique. Les rivaux du chef de l’Etat en campagne y ont vu une nouvelle preuve de la dérive autoritaire qu’ils lui reprochent. Ces derniers mois, de nombreux opposants au régime ont été arrêtés, accusés d’avoir voulu le renverser.

Gêné aux entournures, Azali Assoumani a ordonné une enquête et tente depuis de minimiser l’affaire.

« Quelques fois il y a des débordements, l’armée intervient. Ca arrive partout (…) cet incident a été politisé », plaide-t-il auprès de l’AFP. « On s’est occupé des blessés sans savoir qui avait fait quoi », ajoute-t-il, « pas un gouvernement n’a fait ce qu’on a fait ».

Mais l’enquête n’a pour l’heure abouti à aucune arrestation et les habitants d’Iconi ont peine à l’accepter.

Lors de la présidentielle de 2016, ils avaient accordé une large majorité à Azali Assoumani. Dimanche, ils comptent bien lui barrer la route de la réélection.

« Azali, c’était l’enfant de la ville. Mais maintenant c’est fini, on n’en veut plus, qu’il parte », vocifère Ismael Mahmoud Madi, un chômeur de 40 ans, « et il n’a même pas rendu visite à la famille de +Gazon+ ».

am-pa/bed/jlb

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