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Bernard Tapie, une vie dans l’arène

A 76 ans, Bernard Tapie a connu plusieurs vies, la gloire, le pouvoir, l’échec et la ruine. Affaibli par un double cancer, le sulfureux homme d’affaires s’apprête à affronter ses juges, dans « l’affaire de (sa) vie ».

Le long procès qui débute lundi, « ça va être du sport, j’ai peur de ne pas réussir à tenir le coup », confie-t-il à l’AFP, enfoncé dans l’un des canapés de son luxueux hôtel particulier, la verve toujours intacte mais le corps fatigué.

Il a décidé de stopper son traitement médical le temps de ce nouveau rendez-vous judiciaire, le remplaçant par un jus de grenade, un « stimulant des défenses immunitaires ».

Sa maladie, Bernard Tapie l’attribue à son renvoi en correctionnelle pour « escroquerie ». « Les médecins sont unanimes: quand t’as la vie que j’ai eue moi, t’as pas ce genre de truc si t’as pas des grosses emmerdes », accuse-t-il.

Incarnation de la réussite sociale au milieu des années 80, « Nanard » est devenu le symbole de l’homme d’affaires corrompu à partir de l’épisode du match truqué Marseille-Valenciennes, en 1993.

Grande gueule et imprévisible, il est né le 26 janvier 1943 à Paris dans une famille modeste et a vécu au moins six vies publiques: judiciaire, politique, entrepreneuriale, sportive, médiatique et artistique.

– La politique ? « Jamais plus » –

Dès la trentaine, il se spécialise dans la reprise d’entreprises en difficulté, une cinquantaine au total, s’attirant le surnom de « Zorro des entreprises ».

Son plus gros « coup » est le rachat en 1990 du géant allemand Adidas, point de départ du conflit avec son banquier historique, le Crédit Lyonnais, qui n’a pas encore trouvé son épilogue.


Bernard Tapie se bâtit un empire et une fortune qui lui permettent de s’offrir l’hôtel de Cavoye dans le très chic 7e arrondissement de Paris et un luxueux voilier, le « Phocéa ». « S’il y a une chose que je sais faire, c’est du blé », lâche-t-il alors.

Dans l’intervalle, ce passionné de sport rachète en 1986 le célèbre club de foot de l’Olympique de Marseille et, mettant à profit sa notoriété, se lance avec succès dans la politique. S’étant forgé une auréole de pourfendeur du Front national et de défenseur des jeunes de banlieue, il bénéficie du soutien de François Mitterrand qui le fait nommer en 1992 ministre de la Ville dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy.

L’année 1993, pourtant l’une des plus fastes dans les domaines politique et sportif, marque le début de la fin de « l’ère Tapie ». C’est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d’Europe des clubs champions – succès unique à ce jour dans les annales du football français – qu’éclate l’affaire de corruption du match OM-VA.

Dès lors, les foudres de la justice vont s’abattre sur lui en cascade, se soldant par six condamnations pour « corruption », « fraude fiscale » ou encore « abus de biens sociaux », une incarcération de cinq mois et la perte de tous ses mandats électifs.

Sorti de prison en juillet 1997, il n’est pas abattu mais change de vie: il se reconvertit comme acteur et animateur de radio et de télévision.

Fin 2012, en mettant la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont « La Provence », il endosse un nouvel habit: celui de patron de presse. L’opération est interprétée par la classe politique marseillaise comme un premier pas vers la mairie.

La politique, pourtant, « jamais plus » il n’y remettra « le petit doigt », affirme encore Bernard Tapie. Ce « fou de politique » s’est pris en début d’année d’une courte passion pour les « gilets jaunes », accueillis dans les locaux de La Provence à Marseille.

C’est dans sa ville de cœur qu’il a prévu de déménager après le procès et la vente de son hôtel particulier. Mais « par envie folle » et pour « augmenter (ses) chances de survie, il a aussi des projets dans le cinéma et le théâtre.



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