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Bernardo Bertolucci, un cinéaste fécond entre politique et mystique

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, mort lundi à l’âge de 77 ans, était un créateur fécond dont la fresque « Novecento » (1900) a acquis le statut d’oeuvre classique majeure dans son pays et qui créa un scandale mondial avec « Le Dernier Tango à Paris ».

Attiré par la recherche formelle, explorateur des rapports des individus à l’histoire, il est l’un des rares cinéastes italiens à avoir mené une partie de sa carrière à l’étranger.

Il y avait été précédé par la réputation sulfureuse du « Dernier Tango à Paris » (1972) où Marlon Brando, à l’époque une véritable légende vivante, interprétait l’un de ses derniers grand rôles. Une scène de sodomie jugée osée à l’époque avait provoqué l’interdiction du film en Italie.

L’actrice Maria Schneider (1952-2011), alors âgée de 19 ans, avait été profondément marquée par ce film, Bertolucci ayant reconnu par la suite qu’elle n’avait pas été totalement informée de ce qu’elle allait tourner, notamment le fameux recours à un morceau de beurre.

Paris est encore au centre du dernier film de Bertolucci, « The Dreamers » (2003). La Chine avec « Le Dernier Empereur », l’Afrique avec « Un thé au Sahara », le Bhoutan avec « Little Buddha » lui ont offert des horizons plus lointains propices à l’expression de sa recherche mystique.

Né le 16 mars 1941 à Parme, cité raffinée du nord de l’Italie où il situera « Prima della Revoluzione » (1964, prix de la critique à Cannes) Bernardo Bertolucci a grandi dans un milieu aisé et intellectuel.

– Première caméra –

Il a la révélation du cinéma en voyant « La Dolce Vita » de Federico Fellini. Son père, poète, professeur d’histoire et critique de cinéma, lui offre sa première caméra 16 mm à 15 ans.

A Rome où il va étudier la littérature, il rencontre Pier Paolo Pasolini qu’il assiste sur le tournage d' »Accatone ». Il est aussi le scénariste d' »Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone (1968), archétype du « western spaghetti ».


Adhérent du Parti communiste italien, il tourne « Le Conformiste » inspiré d’un roman d’Alberto Moravia, qui éclaire les motivations intimes de l’engagement d’un jeune bourgeois chez les fascistes sous Mussolini.

Le succès du « Dernier Tango à Paris » permet à Bertolucci de réaliser trois ans plus tard « Novecento », une fresque qui embrasse près d’un siècle de lutte des classes dans la riche plaine du Pô à travers le destin de deux amis d’enfance. Le film est porté par un prestigieux casting international (Robert De Niro, Gérard Depardieu, Burt Lancaster, Dominique Sanda).

Sa passion pour la psychanalyse se manifeste aussi dans « La Luna » qui met en scène les relations perturbées entre une artiste lyrique et son fils adolescent.

Mais c’est « Le Dernier Empereur » qui le consacre avec neuf Oscars en 1987 dont ceux du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur réalisateur. Cette fresque somptueuse sur la vie du dernier empereur de Chine aura un succès phénoménal à travers le monde.

Après « Un Thé au Sahara » et « Little Buddha », Bertolucci retourne en Italie pour tourner « Beauté volée » (1996), voyage initiatique en Italie d’une jeune femme dont la mère s’est suicidée.

En 2003, Bertolucci revient à Paris avec « The Dreamers », son dernier film, histoire de passions politiques et de révolution sexuelle en 1968.

Bernardo Bertolucci avait reçu en septembre 2007 un Lion d’Or au festival de Venise pour l’ensemble de son oeuvre. Le cinéaste était apparu avec le déambulateur qui l’aidait à marcher à la suite d’un problème au dos.

Dans un entretien avec l’AFP en 2013, le réalisateur italien estimait alors qu’il resterait probablement dans le coeur des cinéphiles comme « un découvreur de jeunes actrices », après avoir fait tourner Dominique Sanda, Maria Schneider, Liv Tyler ou Eva Green.



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