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Bouteflika, un autre président n’ayant pas terminé son mandat

En démissionnant mardi face à la pression conjuguée de la rue et de l’armée, après 20 ans passés au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika s’est ajouté à la longue liste de chefs d’État algériens n’ayant pas terminé leur mandat.

Coup d’État, décès, démissions forcées, assassinat… Un seul chef d’Etat algérien, Ali Kafi, président d’une brève instance de transition durant la guerre civile, a terminé son mandat.

Ahmed Ben Bella (1963-1965)

Secrétaire général du parti unique, le Front de libération nationale (FLN), Ahmed Ben Bella est le seul candidat à la présidentielle du 15 septembre 1963, qui fait de lui, avec 99,6% des voix, le premier président de l’Algérie indépendante.

Il est renversé moins de deux plus tard par son vice-président et ministre de la Défense Houari Boumédiène, qui l’avait aidé à prendre le pouvoir lors de luttes de clans à l’indépendance du pays en 1962.

En prison jusqu’en 1979, puis en résidence surveillée, Ahmed Ben Bella s’exile une fois libéré durant près de dix ans, avant de rentrer en Algérie.

Houari Boumédiène (1965-1978)

En prenant le pouvoir, le colonel Boumédiène suspend la Constitution et instaure un régime autocratique, qui le voit cumuler les fonctions de président du Conseil de la Révolution (chef de l’Etat), chef du gouvernement et ministre de la Défense.

Il organise, le 10 décembre 1976, une présidentielle pour lequel il est le seul candidat et recueille 99,5% des voix. Il décède au pouvoir, le 27 décembre 1978, officiellement de maladie.

Chadli Bendjedid (1979-1992)

A la mort de Boumédiène, après un court intérim de Rabah Bitat, le colonel Chadli Bendjedid est choisi par l’armée comme candidat –unique– à la présidentielle organisée en 1979, préféré à Abdelaziz Bouteflika, dauphin annoncé du président défunt.

Il est réélu en 1984 et 1988, peu après les émeutes d’octobre qui ouvrent la voie aux réformes.

En février 1989, une nouvelle Constitution met fin au monopole du FLN et accorde de nombreuses libertés.

En décembre 1991, le 1er tour des premières législatives multipartites en Algérie laisse entrevoir une majorité absolue des islamistes du Front islamique du Salut (FIS).


Chadli Bendjedid démissionne le 11 janvier 1992 sous la pression de l’armée qui interrompt le processus électoral. Le pays plonge dans dix ans de guerre civile qui fera officiellement 200.000 morts.

Mohamed Boudiaf (janvier-avril 1992)

Sans président, démissionnaire, ni Assemblée, dissoute, le pouvoir est confié à un Haut comité d’Etat (HCE) de cinq membres. Mohamed Boudiaf, héros de la guerre d’indépendance âgé de 73 ans, en exil depuis sa condamnation à mort en 1964 par le régime Ben Bella, accepte d’en prendre la présidence.

Moins de six mois plus tard, porteur des espoirs d’un pays ayant sombré dans le chaos, il est abattu par un membre d’une unité d’élite des services secrets. Son assassin affirmera avoir agi seul, par sympathies « islamistes », la Commission d’enquête évoquant elle un « complot ».

Ali Kafi (1992-1994)

Membre du HCE, Ali Kafi succède à Boudiaf à la présidence. A la fin du mandat du HCE en janvier 1994, il est, 32 ans après l’indépendance, le premier chef d’Etat algérien à remettre ses pouvoirs à son successeur, Liamine Zeroual, chargé de diriger une nouvelle période de transition décidée par une Conférence nationale.

Liamine Zeroual (1994-1999)

Choisi par le Haut conseil de sécurité (HCS, composé des principaux ministres et du chef d’état-major de l’armée) pour être le « président de l’Etat » de cette transition censée durer trois ans, le général Zeroual organise dès novembre 1995 la première présidentielle pluraliste en Algérie.

Il l’emporte haut la main face à trois candidats. Mais pressions et luttes de clans le contraignent à écourter son mandat et à organiser une présidentielle anticipée en 1999, remportée par Abdelaziz Bouteflika à qui il remet le pouvoir.

Abdelaziz Bouteflika (1999-2019)

Ex-ministre des Affaires étrangères de Boumédiène, M. Bouteflika avait refusé l’offre de l’armée de prendre la « présidence de l’Etat », finalement dévolue à Liamine Zeroual. Sollicité à nouveau, il accepte et est imposé comme candidat du pouvoir à la présidentielle de 1999.

Il remporte le scrutin seul en lice, ses adversaires ayant jeté l’éponge en dénonçant des fraudes. Réélu avec plus de 80% des voix au 1er tour en 2004, 2009 et 2014 –un an après un AVC qui lui a laissé d’importantes séquelles– il annonce en février 2019 sa candidature à un 5e mandat, déclenchant une contestation populaire sans précédent.

Contraint de renoncer, il reporte la présidentielle et annonce se maintenir au pouvoir durant une transition, aux délais incertains. Sous la pression conjuguée de la rue et de l’armée, il est finalement contraint de démissionner, moins d’un mois avant l’expiration de son mandat.



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