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Brésil: Haddad, fragile rempart contre l’extrême droite

Seul espoir de la gauche brésilienne d’empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir, Fernando Haddad, substitut de l’ex-président Lula, est loin d’avoir le charisme de son mentor, dont il a tenté de se distancer pour séduire l’électorat centriste.

Crédité de seulement 41% des suffrages dans les derniers sondages, contre 59% pour le grandissime favori Jair Bolsonaro, ce fils d’immigrés libanais a n’a pas réussi à former le front républicain qui pourrait lui permettre de renverser la vapeur.

Inscrit initialement en août comme candidat à la vice-présidence sur le ticket de Luiz Inacio Lula da Silva, alors grand favori des sondages, l’ex-maire de Sao Paulo n’a été propulsé candidat officiel du Parti des Travailleurs (PT) que le 11 septembre.

Ce jour-là, l’ex-président Lula (2003-2012), incarcéré depuis avril pour corruption, a finalement jeté l’éponge, après avoir multiplié les recours contre son inéligibilité jusqu’à la date limite.

Ex-maire de Sao Paulo et peu connu dans le pays, Haddad a réussi à se hisser au 2e tour, alors que Jair Bolsonaro était convaincu qu’il pouvait « plier l’affaire » dès le 7 octobre.

« Personne ne pensait que j’arriverais au second tour. J’ai obtenu 29% des voix (…) donc je trouve qu’en un mois nous avons fait un beau travail », a déclaré à la mi-octobre dans un entretien à l’AFP celui qui n’était crédité que de 4% des intentions de vote avant de prendre en marche le train de la campagne.

– « Haddad relax » –

Fernando Haddad, 55 ans, professeur de sciences politiques à l’Université de Sao Paulo, également membre du barreau, est à des années-lumière du style de l’ancien métallo proche du peuple qu’est Lula et il a l’image d’un intellectuel mesuré.

Cela n’a pas empêché le PT de miser dans un premier temps sur le slogan « Haddad, c’est Lula ».

Pour l’entre deux-tours, la stratégie a radicalement changé: Lula a progressivement disparu des spots de campagne et les couleurs vert et jaune du drapeau national ont remplacé le rouge du PT sur le logo officiel de sa candidature.

L’objectif: ratisser le plus large possible pour faire barrage à l’extrême droite et s’ériger en défenseur des valeurs démocratiques.

Fernando Haddad a également cessé de rendre visite à Lula dans sa prison de Curitiba (sud), comme il le faisait chaque semaine avant le premier tour.


Il a préféré miser sur une image plus consensuelle, qui colle mieux à sa personnalité.

« Je ne suis pas une personne anxieuse, j’attends que les choses se passent pour prendre mes décisions. Je suis un être politique, dans le sens où je participe à la vie publique depuis que je suis étudiant », avait-il affirmé fin 2016 au journal espagnol El Pais.

Souriant, affable, les cheveux châtains légèrement grisonnants soigneusement peignés, il est parfois surnommé « Haddad tranquilao » (Haddad relax) en raison de sa sérénité à toute épreuve, loin de la fougue de son mentor.

– Dans l’ombre de Lula –

Fernando Haddad a fait pratiquement toute sa carrière politique dans l’ombre de Lula, qui l’a nommé ministre de l’Education en 2005.

En 2012, ce père de deux enfants marié depuis 30 ans à une dentiste était loin d’être favori pour l’élection municipale de Sao Paulo, la plus grande ville d’Amérique du Sud, mais Lula l’a soutenu à bout de bras jusqu’à la victoire finale.

Quatre ans plus tard, cependant, il a subi une défaite cuisante dès le premier tour quand il briguait une réélection, n’obtenant que 17% des voix.

À l’époque, le PT avait subi une déconfiture monumentale aux municipales, quelques mois après la destitution controversée de la présidente Dilma Rousseff, dauphine de Lula (2011-2016), pour maquillage des comptes publics.

Plusieurs membres du PT commençaient également à être rattrapés par les affaires de corruption, notamment Lula.

Haddad lui-même a été inquiété par la justice. Début septembre, il a été mis en accusation pour des faits présumés de corruption liés à sa campagne pour les municipales de 2012.

L’ancien maire a dénoncé des accusations « sans preuve » et le fait que l’affaire soit rendue publique en pleine période électorale.

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