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Can 2019 : les entraîneurs africains gagnent du terrain

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La Coupe d’Afrique des Nations (Can) 2019 a livré, vendredi dernier, son verdict final. Sur les vingt-quatre sélections qui y ont pris part, onze étaient managées par des techniciens africains, soit un ratio de 45,8 %. Un changement de paradigme dans un continent où les « sorciers blancs » n’ont plus désormais l’apanage de la science footballistique.Les sélectionneurs africains n’étaient que 3 lors de l’édition 2015 (18,7 %) et 4 en 2017 (25 %). En Egypte, sur les seize équipes qualifiées en huitièmes de finale, six étaient dirigées par des Africains, soit 37,5 %. Il s’agit de l’Algérie, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo, du Ghana et du Mali.

Au final, ce sont deux techniciens locaux, Djamel Belmadi de l’Algérie et Aliou Cissé du Sénégal, qui ont occupé le devant de la scène sur les bords du Nil au nez et à la barbe des entraîneurs étrangers.

« Sur les dix dernières Can, cinq ont été remportées par des sélectionneurs africains. Ils sont tout simplement en train de prouver leur valeur aux Etats et aux fédérations », s’est félicité Abdoulaye Thiam, le président de l’Association nationale de la Presse Sportive du Sénégal (ANPS). 

Au palmarès de la compétition, l’on note une légère domination des coachs non africains avec dix-sept trophées contre quinze pour leurs homologues africains. L’Egypte est la nation la plus titrée avec sept couronnes. Cinq des sept étoiles figurant sur le maillot des Pharaons ont été décrochées par des nationaux : Mourad Fahmy en 1957, Mahmoud Al-Gohary en 1998 et Hassan Shehata en 2006, 2008 puis 2010. 

Le Ghana s’est installé sur la plus haute marche du podium à quatre reprises. Toutes les coupes des Black Stars ont été conquises par les Ghanéens Charles Kumi Gyamfi (1963, 1965 et 1982) puis Fred Osam Duodo (1978).

Par contre, le Cameroun (cinq titres) n’a connu le succès qu’avec des Européens : le Yougoslave Rade Ognanovic (1984), les Français Claude Le Roy (1988) et Pierre Lechantre (2000), l’Allemand Winfried Schäfer (2002) et le Belge Hugo Broos (2017).

En Afrique, des entraîneurs étrangers, dont certains n’ont guère de faits d’armes sur le vieux continent, y faisaient la pluie et le beau temps. Cette époque semble être révolue. « Les sélectionneurs devaient avoir de l’entregent pour que les clubs européens acceptent de libérer certains joueurs. On avait donc plus de respect pour les sorciers blancs. Aujourd’hui, ce problème n’existe plus avec les nouvelles règles de la Fifa (Fédération internationale de football association) », a assuré M. Thiam, par ailleurs Rédacteur en chef de Sud Quotidien.

Au lendemain de l’élimination prématurée de leurs équipes nationales à la Can 2019, le Mexicain Javier Aguirre (Egypte), le Néerlandais Clarence Seedorf (Cameroun), le Belge Paul Put (Guinée), les Français Hervé Renard (Maroc) et Sébastian Desabre (Ouganda) ont été tout bonnement remerciés. 

Cela autorise l’ancien international sénégalais (1989-1994) Lamine Mboup à affirmer qu’ « il n’y a aucune différence entre un entraîneur local et un étranger. Certains disent que les Européens sont plus techniques. C’est le complexe de quelques joueurs et dirigeants. J’ai été entraîné par Claude Le Roy et Jules François Bocandé. Mais le Français n’était pas meilleur que le Sénégalais. Ce sont les joueurs qui font la différence ».

Si les pays africains misent de plus en plus sur l’expertise locale, d’abyssales disparités subsistent dans le système de rémunération des sélectionneurs. Javier Aguirre, qui a pourtant reçu une leçon de foot de l’Afrique du Sud en huitièmes de finale, gagnait 240 fois plus qu’Alain Olivier Niyungeko. 


En effet, le Mexicain touchait un salaire mensuel de 108 000 euros (70 millions F CFA) là où le Burundais perçoit 450 euros (295 200 F CFA). Le duo Clarence Seedorf-Patrick Kluivert était rémunéré à hauteur de 96 000 euros (62 millions F CFA) et Hervé Renard émargeait à 80 000 euros (52 millions F CFA). 

« A diplôme égal, salaire égal. Aliou Cissé gagne aujourd’hui 15 millions F CFA net (23 000 euros) par mois. Jamais dans l’histoire du Sénégal, un sélectionneur n’a été aussi bien payé qu’il soit étranger ou local », a souligné Abdoulaye Thiam.

Le Sénégal, tout comme d’autres pays africains, sont sur la bonne voie. Mais à l’échelle continentale, il reste beaucoup à faire pour que le travail des techniciens locaux soit apprécié à sa juste valeur.  

« Le job de certains entraîneurs étrangers en Afrique est trop facile. Ils ne font que sélectionner des joueurs professionnels et ne travaillent pas assez pour développer le foot local. D’aucuns ne résident pas sur le continent et ne viennent que lorsqu’il y a un match international », a dénoncé M. Mboup, ancien capitaine de la Jeanne d’Arc de Dakar.

Le football africain s’est fait connaître dans le monde entier grâce au talent de joueurs comme Geoge Weah, Abedi Ayew dit Pelé, Samuel Eto’o et Didier Drogba. Mais les entraîneurs de ce continent tardent à gagner leurs lettres de noblesse.

« Le plus important pour les coachs africains, ce n’est pas de rester uniquement sur le continent. Ils doivent aussi postuler au niveau européen voire américain. En ce moment, on se rendra compte de leur compétence », a recommandé le président de l’ANPS.

Les 24 sélectionneurs de la Can 2019 : 

– Techniciens africains (11) : Djamel Belmadi (Algérie), Aliou Cissé (Sénégal), Ibrahim Kamara (Côte d’Ivoire), Mohamed Magassouba (Mali), Florent Ibenge (République Démocratique du Congo), James Kwesi Appiah (Ghana), Sunday Marimo Chidzambwa (Zimbabwe), Baciro Candé (Guinée Bissau), Emmanuel Amunike (Tanzanie), Alain Olivier Niyungeko (Burundi) et Ricardo Giovanni Mannetti (Namibie). 

– Techniciens non africains (13) : Gernot Rohr (Nigeria), Alain Giresse (Tunisie), Nicolas Dupuis (Madagascar), Michel Dussuyer (Bénin), Stuart Baxter (Afrique du Sud), Clarence Seedorf (Cameroun), Javier Aguirre (Egypte), Hervé Renard (Maroc), Sébastian Desabre (Ouganda), Paul Put (Guinée), Sébastian Migné (Kenya), Corentin Martins (Mauritanie), et Srdjan Vasiljevic (Angola).   



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