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Carlos Fernando Chamorro, un journaliste dans le collimateur de Daniel Ortega

Héritier d’une dynastie de personnalités politiques intimement liée à l’Histoire du Nicaragua, le patron de presse Carlos Fernando Chamorro dans le collimateur de Daniel Ortega, n’en démord pas : « j’ai choisi le chemin du journalisme », dit-il dans un entretien exclusif avec l’AFP.

Aujourd’hui âgé de 62 ans cet homme à l’élégance patricienne un peu raide est l’un des critiques les plus acharnés du président Ortega.

A 21 ans, sa vie bascule lorsque son père, le journaliste Pedro Joaquin Chamorro opposant à la dictature des Somoza est assassiné. L’étudiant en sciences économiques se lance alors dans le journalisme et intègre le Front sandiniste, pour combattre la dictature d’Anastasio Somoza, accusé d’être l’instigateur de l’assassinat.

Le parti sandiniste avait alors « un contenu éthique très fort », mais il est devenu aujourd’hui « une machinerie contrôlée par une famille, par le couple présidentiel » formé par le chef de l’Etat Daniel Ortega et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo, dénonce-t-il.

– Une famille contre la dictature –

« J’appartiens à une famille qui a été historiquement impliquée dans la lutte contre la dictature », explique-t-il.

« Mon père est né et il est mort sous une dictature. Il n’a jamais pu voter : lorsqu’il y a eu des élections il était prisonnier, ou il était en fuite, ou il était en exil. Son influence a marqué ma vie », confie Carlos Fernando Chamorro.

« Je suis très fier de l’héritage et surtout de l’exemple de mon père », dit-il en le décrivant comme un homme « conservateur par certains aspects, (mais) qui était libéral, pluraliste ».

« Je suis fier aussi de ma mère », Violeta Chamorro, présidente du Nicaragua de 1990 à 1996 après avoir battu Daniel Ortega dans les urnes, ajoute le journaliste en évoquant « son honnêteté, son intégrité, sa capacité à avoir été une femme d’Etat dans des conditions extrêmement difficiles ».


Les locaux du site internet d’information Confidencial dirigé par Carlos Fernando Chamorro ont été mis à sac vendredi dernier par la police et sont occupés depuis lors. Ce dernier épisode d’une crise de huit mois qui a fait plus de 320 morts et qui a envoyé en prison plus d’un demi-millier d’opposants a soulevé une vague d’indignation internationale.

– « Journalisme indépendant » –

« En attaquant les journalistes, le pouvoir leur donne beaucoup de visibilité », constate-t-il en refusant d’envisager un destin politique qui, pour beaucoup de Nicaraguayens, paraît lui être pourtant promis depuis le berceau.

« C’est vrai que ceci est un pays où tous les leaders politiques ont été éliminés, mais cela ne veut pas dire qu’un journaliste qui jouit de crédibilité doit nécessairement être un leader politique », insiste-t-il.

« Le chemin que j’ai choisi, c’est celui du journalisme indépendant (…). Ce ce que je voudrais c’est continuer dans ce rôle-là jusqu’à la limite du possible. Et lorsque la dictature d’Ortega prendra fin, continuer à jouer ce rôle », martèle Carlos Fernando Chamorro.

« La presse indépendante est un contre-pouvoir et doit continuer à jouer ce rôle », répète le journaliste en rappelant qu’il a toujours pratiqué le journalisme de « manière indépendante, y compris sous le gouvernement de ma mère ». « On a eu des différends, il y a eu des tensions », se souvient-il.

« Je suis sûr que je suis bon pour ça (pour le journalisme), que c’est comme cela que je peux le mieux servir mon pays », insiste Carlos Fernando Chamorro, qui a tout de même été distingué par plusieurs prix prestigieux de journalisme, dont ceux de la Casa de America de Barcelone et le Maria Moors Cabot de l’Ecole de journalisme de l’Université de Colombia à New York.

« Je ne me considère pas comme le meilleur journaliste du Nicaragua, d’Amérique latine, mais je crois que ce travail, je sais le faire bien », conclut-il.

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