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Carlos Ghosn, bâtisseur d’empire automobile, tombe de son piédestal

Carlos Ghosn, dont Nissan va proposer le départ après une affaire de dissimulation de revenus au fisc japonais et de malversations présumées, a porté l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi au sommet de l’industrie automobile mondiale, une réussite qui lui a valu une rémunération parfois contestée.

M. Ghosn, 64 ans, est interrogé par le parquet de Tokyo qui le soupçonne de ne pas avoir déclaré la totalité de ses revenus au fisc, selon le quotidien Asahi Shimbun. Le dirigeant sera arrêté une fois ces informations confirmées, précise cette source.

De son côté, Nissan a confirmé que son dirigeant avait dissimulé ses revenus au fisc, et que son départ allait être proposé.

À la tête de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn a touché 13 millions d’euros en 2017, selon les calculs du cabinet Proxinvest, spécialisé dans la gouvernance. Il a touché l’an dernier 7,4 millions d’euros comme patron de Renault.

A la tête du groupe au losange depuis 2005, Carlos Ghosn a conquis la confiance des actionnaires par la force des résultats obtenus tant au sein du constructeur français que de Nissan, son partenaire japonais. « Un leader est d’abord quelqu’un qui apporte de la performance », assure-t-il.

L’Alliance Renault-Nissan, élargie en 2016 à Mitsubishi, est devenue numéro un mondial des ventes l’an dernier avec 10,6 millions d’automobiles écoulées.

Sous l’impulsion de M. Ghosn, le groupe aux finances désormais solides a été le premier à investir massivement dans la voiture électrique, dont il est leader mondial. Après l’avoir moqué, la concurrence a suivi récemment, voyant le marché décoller.

M. Ghosn, PDG de l’Alliance et président des conseils d’administration de Nissan et Mitsubishi, est la clé de voûte d’un groupe aux équilibres subtils.

Il combine des gouvernances d’entreprise distinctes, pour respecter les particularités culturelles, tout en partageant ses capacités industrielles afin de dégager des économies d’échelle comparables à celles d’une société intégrée.

Le géant industriel franco-japonais regroupe dix marques (dont Dacia, Lada, Samsung Motors, Alpine, Infiniti, Datsun…). Il compte 470.000 salariés et 122 usines sur tous les continents.

Mais le fonctionnement de cet ensemble, qui repose sur des prises de participation croisées, non majoritaires, pose des questions sur sa viabilité au-delà de l’ère Ghosn.

Ce Franco-libano-brésilien parcourt le monde depuis son enfance. Son itinéraire entre le Brésil, le Liban, la France, les Etats-Unis et le Japon, a fait de lui un polyglotte capable de passer facilement d’une culture à l’autre.

Il se décrit comme un bourreau de travail, particulièrement matinal. Au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt près de Paris, il arrive généralement à 07H30 « après avoir déjà travaillé quelques heures ».


– « Cost killer » –

Surnommé le « cost killer » (« tueur de coûts »), il s’est fait une spécialité de transformer des entreprises au bord de la faillite en sociétés très rentables.

Son défi actuel est de superviser la remise sur pied de Mitsubishi Motors qui a été impliqué dans un scandale de fraude. Il est vénéré au Japon, où il est devenu héros de manga, depuis qu’il a redressé Nissan après sa prise de contrôle par Renault en 1999.

En France, il a parfois été accusé de privilégier les intérêts japonais ou d’avoir une gestion trop financière. Les critiques se font cependant moins fortes depuis que Renault a recommencé à créer des emplois dans le pays.

Ses collaborateurs saluent son charisme et sa qualité d’écoute.

Les relations ont été parfois orageuses avec l’Etat français qui possède plus de 20% des droits de vote chez Renault.

Elles semblent s’être améliorées sous le gouvernement actuel qui a soutenu sa reconduction à la tête du groupe en juin dernier, en échange d’une réduction de 30% de son salaire et de la nomination d’un numéro deux, Thierry Bolloré, appelé à lui succéder.

En 2016, l’assemblée générale de Renault avait rejeté à 54% sa rémunération de 7,25 millions d’euros obtenue l’année précédente.

Le gouvernement socialiste français et M. Ghosn s’étaient accrochés en 2015 sur la question des droits de vote doubles pour les actionnaires de long terme, vue par Nissan comme une atteinte aux équilibres de l’Alliance.

Diplômé de Polytechnique (X-Mines), ce père de quatre enfants, né au Brésil dans une famille d’origine libanaise, a débuté son parcours chez Michelin où il a gravi les échelons, jusqu’à une fonction de numéro deux. C’est en 1996 qu’il est recruté chez Renault par le patron Louis Schweitzer qui envisage d’en faire son successeur.

Il a gardé des liens avec le Liban, où il a étudié chez les Jésuites et où il possède un vignoble.



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