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Carnaval de Rio: une dernière nuit de féérie et de contestation

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Rio de Janeiro s’apprête lundi à vibrer pour sa deuxième et dernière nuit de carnaval, entre féérie et contestation politique, dans un sambodrome en folie pour le « plus grand spectacle de la Terre ».

Quelque 72.000 spectateurs vont chanter à pleins poumons en regardant défiler les sept dernières écoles de samba, sur les 14 qui se disputent le prestigieux titre de championne de l’année.

La première école devrait s’élancer, avec quelque 2.500 participants, à 21H15 (00H15 mardi). La dernière conclura à l’aube les défilés sur les 700 mètres de la célèbre avenue du sambodrome longée de hauts gradins imaginée par l’architecte Oscar Niemeyer.

Comme chaque année, les Brésiliens oublient temporairement la crise économique et ses bataillons de chômeurs, la violence endémique et les inégalités qui rongent leur pays, pour s’abandonner à la féérie du carnaval.

La fête collective géante agit comme une catharsis permettant d’exprimer la joie, les rêves et les souffrances de l’âme brésilienne. « C’est un autre moyen de pleurer. Et de protester: nous sommes vivants! », expliquait lundi une éditorialiste du quotidien O Globo.

Sept premières écoles ont défilé dans la nuit de dimanche à lundi dans un déluge de costumes chamarrés, de danses syncopées et de batteries assourdissantes.

Cette première nuit a bien failli emporter le carnaval sous un autre déluge, qui menaçait encore lundi soir: des pluies torrentielles se sont abattues sur Rio, inondant le sambodrome, mais cessant comme par magie juste avant le défilé de la première école.

La magie, justement, n’a pas déserté ce premier carnaval sous le règne du président d’extrême droite Jair Bolsonaro: chars spectaculaires, oiseaux géants flamboyants, percussions endiablées et « reines de batterie », ces danseuses sculpturales, ont fait viber les spectateurs.

– critiques et satires –

Mais une nouvelle fois le carnaval a donné l’occasion de faire passer bien des messages politiques, contre le « cirque » de Brasilia — siège du pouvoir — ou contre la corruption ou l’intolérance envers les minorités: noirs et communauté LGBT.

Des messages qui ont pris une connotation particulière deux mois après l’entrée en fonction d’un président Bolsonaro ayant accumulé les provocations racistes, machistes et homophobes avant son élection.

Le défilé de la nuit de lundi à mardi sera également l’occasion de critiques et de satires, y compris du carnaval lui-même par l’école Sao Clemente.


L’école de Mangueira promet d’enflammer le sambodrome avec un défilé engagé rendant hommage aux héros populaires de l’Histoire brésilienne n’apparaissant pas dans les manuels scolaires, notamment noirs et indiens.

Cette vieille école rendra également hommage à Marielle Franco, conseillère municipale noire de Rio née dans une favela et fervente protectrice des minorités, assassinée il y a près d’un an.

Autre défilé très attendu, celui de Portela, détentrice du record de titres (22), dont certains costumes ont été signés par le couturier français Jean-Paul Gaultier, qui n’a pas fait le voyage de Rio.

Portela doit célébrer la mémoire de Clara Nunes, icône de la samba des années 70 et première artiste a avoir défendu les religions afro-brésiliennes.

– débauche charnelle –

Ce carnaval montre la résilience des écoles de samba, qui ont vu leur subventions de la ville diminuer de moitié depuis l’arrivée en 2017 du maire Marcelo Crivella, ancien pasteur évangélique.

Il goûte assez peu la débauche charnelle d’une fête mondialement connue et qui accueille 1,5 million de touristes, dont des étrangers et leurs devises, dans la « ville merveilleuse ».

Mais pour Jairo Machado, un danseur de Beija-Flor, il en faudrait plus pour décourager les carnavaleux. « En dépit de faibles investissements des pouvoirs publics, les écoles ont surmonté tout ça, ont produit et ont réussi à faire un bon carnaval », a-t-il dit à l’AFP-TV.

La championne sera désignée mercredi par les jurés, sur la base de critères très sélectifs: richesse des chars, thème choisi, qualité de la chorégraphie au sein du sambodrome.

Pour toutes les écoles, c’est le travail de toute une année et des mois de répétition qui est ainsi sanctionné.



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