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Castaner, un pur politique pour une place Beauvau rétrécie

En héritant mardi du ministère de l’Intérieur, Christophe Castaner a décroché le portefeuille de ses rêves mais, secondé par un expert, il en voit les attributions réduites, signe que le profil idéal ne s’est pas dégagé pour le poste.

M. Castaner à Beauveau, c’est avant tout le choix de la sécurité pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe, qui y ont placé un fidèle parmi les fidèles.

« Le ministre de l’Intérieur, de toutes traditions, est un homme en qui les deux têtes de l’exécutif doivent avoir toute confiance », résume un proche du chef de l’Etat.

« Avec Castaner, on met quelqu’un qui a deux choses qui sont essentielles dans cette machine: l’incarnation, l’impact, cette densité politique qu’il faut pour être ministre de l’Intérieur. La seconde chose c’est la confiance », ajoute un conseiller du Premier ministre.

Si cette nomination vaut promotion sur le papier pour M. Castaner, elle s’accompagne aussi d’évidentes réserves. Alors que Gérard Collomb, avait obtenu le rang de n°2 du gouvernement et ministre d’Etat à Beauvau, M. Castaner occupera le 11e rang protocolaire, sans titre supplémentaire.

Ces considérations honorifiques sont doublées d’un net rétrécissement du portefeuille.

M. Castaner sera ainsi épaulé par un spécialiste, le patron du renseignement intérieur Laurent Nuñez, désigné secrétaire d’Etat. Une situation de tandem inédite à Beauvau depuis l’attelage Charles Pasqua – Robert Pandraud, entre 1986 et 1988.

L’arrivée de M. Nuñez est « une nomination médicament » selon l’expert en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet qui souligne la nécessité de « rétablir une relation de confiance avec la police, après les dégâts de l’affaire Benalla ».

« Il y a un enjeu de compétence mais ça c’est Nuñez qui va l’apporter. On pense vraiment que ce binôme est un alliage qui permet de répondre à toutes les questions », ajoute un conseiller du gouvernement.

Sans connaissance des « réseaux de flics », dixit un député LREM, M. Castaner n’est pas un expert, même si son entourage a rappelé ces derniers jours qu’il avait animé quelques réunions sur les sujets régaliens lors de la campagne présidentielle. Cette carence supposée a en tout cas donné immédiatement un angle d’attaque à l’opposition mardi.


– « Déclassement » –

« Je n’ai jamais assisté à une prise de parole de Christophe Castaner pendant cinq ans sur les questions essentielles », a ainsi grincé le député (LR) Eric Ciotti en évoquant « le terrorisme » ou « les textes sur l’immigration ».

« Ce sont des sujets qu’il ne connaît pas. Il est choisi non pas pour sa compétence (…) mais uniquement pour sa fidélité politique », a-t-il insisté.

« C’est une forme de critique parce que lorsque vous adjoignez au ministre de l’Intérieur un secrétaire d’État censé être technique, vous reconnaissez que vous n’avez pas entièrement confiance non plus en le laissant seul aux manettes », a abondé le député (LR) Julien Aubert.

De même, M. Castaner est délesté de la charge des collectivités locales, réaffectée au ministère de la Cohésion des territoires désormais dirigé par Jacqueline Gourault.

« Mieux vaut y voir un élargissement du ministère des Territoires qu’un rétrécissement de l’Intérieur », tente de positiver un pilier de la macronie, estimant que « ça ne dégrade en rien la fonction de ministre de l’Intérieur ».

Ce régime sec permet ainsi au député (LR) Guillaume Larrivé de s’indigner contre « le déclassement de la place Beauvau » qui, selon lui, « trahit la faible considération dans laquelle Emmanuel Macron tient les préfets, les policiers et les gendarmes ».

Lors de la passation de pouvoir mardi avec Edouard Philippe à Beauvau, M. Castaner a lui-même dit « s’interroger » au moment de poser ses valises place Beauvau. « On s’interroge sur la capacité à assumer cette fonction. Et très vite on se rassure car ce ministère est à la tête de 300.000 femmes et hommes totalement engagées », a-t-il répondu.

M. Castaner aura en tout cas la main sur une prérogative ultra-stratégique: l’éventuel redécoupage des circonscriptions législatives, qui doit naître de la réforme des institutions actuellement reportée à janvier. Une fonction qui l’a poussé à renoncer dès sa nomination mardi à son poste de patron de La République en marche.

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