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Centrafrique: un ex-chef de milice à La Haye, une « victoire » et des questions

Ex-chef de milice en Centrafrique, Alfred Yekatom, vient d’être transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, une « victoire » pour la justice qui soulève cependant des questions sur la capacité de Bangui à juger les nombreux autres criminels de guerre de ce pays.

C’est « une nouvelle étape importante dans la lutte contre l’impunité » en Centrafrique, s’est réjoui le Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU. « Les efforts visant à garantir la responsabilité et la justice des victimes en RCA ont commencé à porter leurs fruits », estime l’ONU.

Samedi, pour la première fois depuis le début de l’enquête en 2014 sur les crimes commis en Centrafrique à partir de 2012, un responsable a été transféré à la CPI. Sa première comparution y est prévue ce vendredi.

Alfred Yekatom, 43 ans, est un ancien chef de milice antibalaka, autoproclamée d’autodéfense, dans les banlieues sud de Bangui et alentour.

Sa faction, comme les autres milices antibalaka, s’était formée après 2012 quand la coalition à majorité musulmane de la Séléka a entamé sa campagne meurtrière depuis le nord du pays vers Bangui et renversé François Bozizé en 2013.

« Rambo », comme il était surnommé, ancien caporal-chef de l’armée centrafricaine, a selon l’ONU « exercé le contrôle direct d’une douzaine de points de contrôle tenus en moyenne par une dizaine de miliciens armés portant des uniformes et équipés d’armes de l’armée, notamment des fusils d’assaut militaires ».

La CPI a elle affirmé qu’il dirigeait « environ 3.000 » combattants et estime qu’il pourrait être tenu responsable de « meurtre », de « torture et traitements inhumains », de « mutilations », d' »attaques intentionnelles contre la population civile » et contre des bâtiments religieux.

– Second couteau ? –

Son transfèrement à La Haye est « une violation de ses droits les plus élémentaires », selon Me Régis Tiangaye, l’un des avocats de Yekatom. « Dans cette affaire, la justice internationale a poignardé la justice centrafricaine avec l’aide des autorités locales », a-t-il déclaré à l’AFP.

On s’interroge à Bangui sur le bien-fondé de ce transfèrement, alors même qu’une Cour pénale spéciale (CPS) y a été inaugurée fin octobre.

Cette cour, créée en 2015, mais qui vient de commencer ses enquêtes, est une juridiction composée de magistrats nationaux et internationaux qui doivent juger les crimes commis en Centrafrique depuis 2003.


« La division entre CPI et CPS devait se faire en fonction de l’envergure des chefs arrêtés. Peut-être que Yekatom a plus l’envergure pour être jugé à Bangui qu’aux côtés des Bemba, Gbagbo (…) à La Haye? », s’interroge une source onusienne.

« La question de la division du travail entre la CPS et la CPI reste ouverte: qu’est-ce qu’un chef de premier ordre ou de second ordre? Qui va faire cette définition et selon quels critères? Seules la CPS et la CPI seraient légitimes à le faire, or elles ne peuvent pas communiquer sur un tel sujet », estime Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

– Tirs à l’Assemblée –

Autre question: Alfred Yekatom est-il le premier d’une série de transfèrements vers la CPI ou est-il un cas isolé?

« La CPI a profité de son arrestation dans une autre affaire, ça pose des questions sur sa capacité et celle de Bangui à mettre la main sur les chefs », selon la source onusienne.

Yekatom, qui est devenu député en 2016, a en effet été arrêté fin octobre après avoir tiré dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Ce n’est qu’une dizaine de jours plus tard que La Haye a émis un mandat d’arrêt et demandé à Bangui de le lui livrer.

« A part ceux qui sont déjà emprisonnés (essentiellement des antibalaka), la capacité à arrêter des chefs de guerre actifs est très faible, voire nulle », pense M. Vircoulon.

En avril, opération militaire a été menée pour essayer de mettre la main sur un chef de milice banguissois: fiasco total et une trentaine de morts au bas mot.

Quant aux leaders de l’ex-Séléka, l’immense majorité d’entre eux sont encore à la tête de leurs groupes armés et continuent leurs exactions.

Jeudi, des combats entre antibalaka et un groupe de l’ex-Séléka ont fait au moins une soixantaine de morts à Alindao, dans le centre. Une église a été brûlée avec un prêtre à l’intérieur ainsi que le camp de déplacés de la ville.



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