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Changement de nom: accord historique du Parlement en Macédoine

Les députés macédoniens ont accepté vendredi de rebaptiser leur pays "République de Macédoine du Nord", vote historique obtenu à la…

Les députés macédoniens ont accepté vendredi de rebaptiser leur pays « République de Macédoine du Nord », vote historique obtenu à la majorité des deux-tiers qui ouvre la voie à une résolution du litige avec la Grèce.

La balle est désormais à Athènes puisque le changement de nom n’entrera en vigueur qu’une fois que les députés grecs auront à leur tour ratifié l’accord conclu l’été dernier par les Premiers ministres Zoran Zaev et Alexis Tsipras.

La Grèce s’était en échange engagée à lever son veto à l’adhésion de la Macédoine à l’Otan ainsi qu’aux négociations d’adhésion à l’Union européenne du petit pays balkanique de 2,1 millions d’habitants.

« Sans accord avec la Grèce, il n’y a pas d’Otan ni d’UE », « j’ai changé d’avis sur la question du nom, au péril de ma carrière politique », « nous conservons notre identité », a dit avant le vote le social-démocrate Zoran Zaev.

A une voix près (81 sur les 80 nécessaires), les députés macédoniens l’ont suivi en adoptant les quatre amendements constitutionnels nécessaires pour entériner le changement de nom de leur pays, qui avait fait sécession de la Yougoslavie en 1991.

Les Grecs estimaient depuis que le nom de « Macédoine » ne pouvait qu’être exclusivement celui de leur province septentrionale.

Ils accusaient leurs voisins d’usurper leur héritage historique, notamment celui du roi antique Alexandre Le Grand, et les soupçonnaient d’ambitions irrédentistes.

– La droite boycotte –

Ce vote positif semble devoir mettre un terme à des mois d’un combat politique féroce en Macédoine, avec un référendum consultatif controversé le 30 septembre et une longue bataille parlementaire.

Les responsables de l’opposition de droite (VMRO-DPMNE), qui n’ont pas pris part au débat au Parlement entamé mercredi, crient à la trahison nationale.

Mais ils ont subi la défection de plusieurs députés qui ont voté avec les élus sociaux-démocrates et leurs alliés des partis de la minorité albanaise (20 à 25% de la population).

Ces votes ont permis d’atteindre la majorité des deux-tiers dont ne disposait a priori pas la coalition arrivée au pouvoir au printemps 2017.

Se sont notamment ralliés quatre députés de droite qui ont bénéficié d’une amnistie pour leur participation supposée aux graves violences commises par des militants nationalistes au Parlement en avril 2017.

Cela avait conduit les responsables du VMRO-DPMNE à dénoncer « le chantage et les menaces » qu’aurait utilisés Zoran Zaev pour l’emporter.

– Le triomphe de Zaev –

Ce vote est toutefois un triomphe politique pour le social-démocrate, qui était donné affaibli par ses adversaires après le référendum consultatif sur le nom qu’il avait organisé le 30 septembre.

La validité de la victoire du « Oui » (plus de 90%) avait été contestée par l’opposition en raison d’une abstention massive: plus des deux-tiers des électeurs.

La bataille n’est toutefois pas terminée mais elle ne dépend plus de lui, mais de son homologue grec. S’il n’a besoin que d’une majorité simple, Alexis Tsipras dispose également d’une faible marge de manoeuvre (153 députés sur 300). Son allié, Panos Kammenos, ministre de la Défense et chef d’un petit parti souverainiste, a menacé de démissionner.

En début de journée, l’ancien premier ministre macédonien Nikola Gruevski, homme fort du pays pendant plus de dix ans, avait appelé les élus à voter contre le changement de nom proposé par « le gouvernement fantoche » de Zoran Zaev.

« Oui, un meilleur accord est possible », avait-il assuré sur sa page Facebook, écrivant de Hongrie où il a fui en novembre pour éviter une peine de prison dans une des enquêtes pour corruption et abus de pouvoir qui le visent.

Le président de droite Gjorge Ivanov, dont le rôle est honorifique, est un autre opposant résolu du changement de nom.

Par le passé, il a refusé de signer des promulgations, mais la constitution macédonienne prévoit qu’il est « obligé » de le faire si « la loi est adoptée par une majorité des deux-tiers ».

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