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Chine: procès sous haute surveillance pour un défenseur des droits

Des dizaines de policiers, deux interpellations et des proches interdits d’accès: le procès d’un avocat chinois spécialisé dans la défense des droits de l’homme s’est ouvert mercredi sous haute surveillance.

Au moins une cinquantaine de policiers bloquaient l’accès au tribunal de Tianjin (nord), où devait s’ouvrir dans la matinée le procès pour « subversion » de l’avocat Wang Quanzhang, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le procès de l’avocat, dont le cas a ému plusieurs capitales occidentales, n’est pas ouvert au public, ont déclaré des policiers. La tenue même du procès n’a pas été confirmée par les autorités.

Me Wang est le dernier d’un groupe d’environ 200 défenseurs des droits de l’homme arrêtés en juillet 2015 qui n’avait encore été ni jugé ni libéré. La date de son procès a été annoncée par son épouse à la veille de Noël.

Âgé de 42 ans, l’avocat a défendu des militants politiques, des membres de la secte interdite Falungong et des paysans dépossédés de leurs terres. Il a été formellement inculpé de subversion en janvier 2016.

Devant les journalistes tenus à l’écart du palais de justice, de l’autre côté d’une large avenue, un homme a dénoncé d’une voix forte les poursuites contre Me Wang, avant d’être emmené à bord d’une voiture de couleur noire par des policiers en civil.

« Vous avez arrêté un érudit que les gens n’ont même pas le droit de voir. C’est du fascisme », a lancé l’homme, qui a dit s’appeler Yang Chunlin, avant son interpellation. « Les Chinois ne doivent plus vivre dans la peur, nous devons lutter contre l’oppression et faire preuve de courage », a-t-il crié.

Yang Chunlin est un contestataire qui avait été condamné à de la prison en 2008 pour avoir fait circuler une pétition contre l’organisation des jeux Olympiques de Pékin la même année.

Plus tôt, un manifestant porteur d’une pancarte « Libérez l’innocent Wang Quanzhang » avait été interpellé, a déclaré un témoin à l’AFP.

– « Jour de honte » –


Le régime communiste a pris l’habitude de faire condamner des opposants politiques en fin d’année, lorsque l’attention des pays occidentaux tend à se relâcher.

L’épouse de Wang Quanzhang, Li Wenzu, qui s’était rasé la tête la semaine dernière pour dénoncer la détention prolongée et sans jugement de son mari, a annoncé mardi que « plus de 20 » membres des forces de l’ordre stationnaient en bas de son domicile pékinois en début d’après-midi, l’empêchant de se rendre à Tianjin, une ville distante de plus de 100 km de la capitale.

En mai dernier, Mme Li avait été reçue par Angela Merkel lors d’une visite de la chancelière allemande à Pékin.

Les États-Unis et l’Union européenne s’étaient également émus du sort de l’avocat, qui n’a pas été autorisé à choisir ses propres défenseurs ni à rencontrer des proches en plus de trois années de détention.

A Hong Kong, une cinquantaine de personnes ont manifesté dans la matinée devant le bureau de liaison du gouvernement chinois, avec des pancartes réclamant la libération de Me Wang.

« Wang Quanzhang est aujourd’hui en détention depuis 1.260 jours et c’est un jour de honte extrême pour la Chine », a déclaré le député pro-démocratie Kwok Ka-ki.

« Après trois années de détention, il est à présent en procès à huis clos. Seul l’État nazi au siècle dernier aurait pu avoir recours à de telles méthodes contre son propre peuple », a-t-il tonné.

En vertu du principe « un pays deux systèmes » qui prévaut depuis la fin de la colonisation britannique en 1999, Hong Kong jouit de droits inconnus dans le reste de la Chine, notamment de la liberté de rassemblement, mais nombre d’opposants constatent un affaiblissement de ces libertés ces dernières années.

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