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Cinéma : « Les charognards », la dépouille d’un mort que personne ne veut enterrer

Avec « Duga » (Les Charognards »), projeté en compétition mercredi au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), les coréalisateurs Abdoulaye Dao et Hervé Eric Lengani livrent une satire acerbe de la société burkinabè.

Chefs traditionnels, prêtres et imams, policiers, fonctionnaires des services sociaux: personne n’est épargné dans cette comédie dramatique réalisée avec finesse et humour.

« Duga » raconte les tribulations de la dépouille d’un mort que personne ne veut enterrer: avec sa veuve et sa petite fille orpheline, Rasmané, paisible notable retraité, ami du défunt, se démène pour trouver une solution, non sans subir la cupidité des profiteurs de toutes sortes.

Parallèlement, un bébé est trouvé par un jeune manoeuvre abandonné dans une décharge. Il se propose de le recueillir, mais l’Etat lui fait les pires difficultés, jusqu’à l’accuser d’avoir tué la mère inconnue.

« Les deux histoires se côtoient, pour se rejoindre à la fin », explique le réalisateur burkinabè Abdoulaye Dao, déjà distingué au Fespaco 2009 pour « Une femme pas comme les autres ». « Il y a un véritable problème social. La vie et la mort sont les moments les plus importants où les communautés se mettaient ensemble jadis, pour pleurer et pour se ressouder. Aujourd’hui les solidarités s’effritent, le tissu social se délite ».

« Des faux prophètes religieux diffusent des discours de peur, de haine, qui conduisent à la violence. Les hommes politiques, eux, jouent avec le feu en laissant faire, pour récupérer quelques voix. C’est vrai au Burkina, au Mali et partout en Afrique », s’indigne le réalisateur, faisant allusion à la montée du jihadisme dans son pays depuis plusieurs années.


Ce seront finalement des jeunes marginalisés par la communauté, qui tentent de s’en sortir en pratiquant la récupération – d’où leur surnom de « charognards » – qui permettront, enfin, à la dépouille d’être inhumée dignement.

« Duga » est en lice, parmi 20 longs métrages de fiction, pour décrocher l’Etalon d’or de Yennenga, la « palme d’or africaine », et succéder à « Félicité », du Sénégalais Alain Gomis, primé en 2017 au festival qui se déroule tous les deux ans.

Il serait le premier réalisateur burkinabè primé à Ouagadougou depuis plus de 20 ans, après Gaston Kabore pour son film « Buud Yam » en 1997.

Au total 165 films de 16 pays africains concourent pendant les huit jours du festival, du 23 février au 2 mars, dans les différentes sections, courts métrages, documentaires, séries télé, films d’animation, ainsi que films d’écoles africaines de cinéma.


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