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Colombie: libération d’un ex-chef Farc requis par les Etats-Unis

L’ex-chef Farc Jesus Santrich, réclamé par les Etats-Unis pour trafic de drogue, a été libéré jeudi sur ordre de la Cour suprême de Colombie qui a invoqué son statut de parlementaire du parti issu de l’ancienne guérilla qui a signé la paix en 2016.

« Une équipe de sécurité a sorti Santrich », a déclaré son avocat, Gustavo Gallado, à des journalistes. L’ex-commandant guérillero a quitté le siège du Parquet sous forte escorte, a constaté un photographe de l’AFP.

La Cour suprême avait ordonné mercredi la « libération immédiate » de Jesus Santrich, détenu à Bogota depuis avril 2018 à la demande des Etats-Unis qui réclament son extradition afin de le juger pour trafic présumé de cocaïne, et se sont opposés à sa libération.

Dans son jugement, le haut tribunal a précisé qu' »aucun recours » n’est possible contre sa décision.

Il s’était déclaré compétent du fait du statut de parlementaire de l’ancien chef guérillero, aujourd’hui député du parti Force alternative révolutionnaire commune (Farc), bien que du fait de sa détention il n’ait pas pu être officiellement investi au Congrès.

La Farc a réagi jeudi par un #SantrichLibre publié sur Twitter, avec une vidéo montrant l’ex-commandant chaleureusement accueilli par des membres du parti à sa sortie de l’immeuble du Parquet.

Cette affaire à rebondissements a suscité une polémique en Colombie, pays divisé sur l’accord de 2016 que le gouvernement juge trop laxiste envers les anciens rebelles et tente de modifier.

La Juridiction spéciale de paix (JEP), issue de l’accord de novembre 2016 pour juger les crimes les graves commis pendant plus de 50 ans de confrontation armée avec l’ex-rébellion des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), avait déjà ordonné sa libération le 15 mai.

Le procureur général d’alors, Nestor Humberto Martinez, proche du pouvoir actuel, avait alors préféré démissionner plutôt que d’appliquer la décision.


Mais Jesus Santrich, de son vrai nom Seuxis Paucis Hernandez Solarte, avait été ré-arrêté à la porte même de la prison deux jours plus tard, pour sa participation présumée à la préparation de l’envoi de plusieurs tonnes de cocaïne aux Etats-Unis, après la signature de la paix.

La Procurature, organisme de contrôle des fonctionnaires et des élus, a demandé mercredi à la Cour suprême d’ordonner à nouveau son arrestation afin qu’il soit entendu comme parlementaire pour les crimes dont il est inculpé.

L’ancien chef Farc, âgé de 52 ans et malvoyant, a toujours clamé son innocence et dénoncé un complot de Washington et du Parquet colombien.

Sous la pression des Etats-Unis, le gouvernement du président de droite dure Ivan Duque, au pouvoir depuis août, s’est opposé à sa libération, réaffirmant son intention de l’extrader et critiquant les décisions de justice.

L’accord de paix historique, signé avec la plus ancienne guérilla du continent américain et salué par la communauté internationale, a permis le désarmement d’environ 7.000 rebelles.

Il prévoit que les auteurs de crimes graves, guérilleros et membres des forces de l’ordre, puissent bénéficier de peines alternatives à la prison à condition de dire la vérité, de dédommager les victimes et de s’engager à ne plus recourir à la violence.

Mais il ne protège pas d’une éventuelle extradition ceux qui ont récidivé après son entrée en vigueur.

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