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Comment loger les réfugiés et permettre leur intégration?

Un crédit d’impôt pour les personnes hébergeant des réfugiés: la mesure, votée cette semaine à l’Assemblée, rappelle combien le logement est crucial pour l’intégration, priorité affichée du gouvernement, avec une mobilisation accrue pour trouver appartements vacants et places supplémentaires.

La France a accordé l’asile à 43.000 personnes l’an dernier – on s’achemine vers un niveau comparable cette année – qui doivent repartir de zéro, une fois leur titre de séjour obtenu.

Or « l’accès au logement est actuellement un facteur de blocage de trop nombreux parcours d’intégration », soulignait en février le député Aurélien Taché (LREM), dans un rapport commandé par le gouvernement.

Érigée en priorité, l’intégration va voir son budget augmenter de plus de 40% l’an prochain à 395 millions d’euros, avec notamment un doublement des cours de langue et des mesures d’accompagnement vers le logement et l’emploi.

Un effort « gagnant-gagnant », assure à l’AFP le Délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement Sylvain Mathieu: intégrer est certes « essentiel pour le réfugié », mais « ce n’est pas anodin pour le développement économique de la France, le lien social, voire le message politique sur l’importance d’accueillir des personnes en grande vulnérabilité ».

Pour les réfugiés, la question du logement se pose très vite, puisqu’ils ont théoriquement six mois pour libérer leur place dans les structures pour demandeurs d’asile quand il obtiennent la protection de la France.

« Une partie se retrouve dans l’hébergement d’urgence », déplore Florent Guéguen, le directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, selon qui 10% des migrants recensés sur les campements de rue parisiens jusqu’au printemps étaient des réfugiés.

D’autres restent dans les centres pour demandeurs d’asile (occupant 8% des places), explique Didier Leschi, le patron de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration).

« Paradoxalement, l’accélération de la procédure fait que les réfugiés sont moins autonomes car la période d’adaptation est moins longue », ajoute-t-il.

– « Autonomie » –

Conscient des difficultés de ce public souvent non francophone (Afghans, Soudanais, Érythréens…) et traumatisé par le parcours migratoire, l’État travaille sur plusieurs pistes.


D’une part, les préfets ont pour consigne de « capter » des logements vacants: fin août, « 5.843 avaient été mobilisés », assure Raphaël Sodini, directeur de l’asile à la Direction générale des étrangers en France.

La tâche est délicate, avec un impératif de répartition géographique, alors que 50% de la demande d’asile se concentre en Ile-de-France.

Il faut aussi éviter toute concurrence des publics: « il est hors de question de créer des coupes-files » au détriment des autres mal-logés, assure le délégué interministériel aux réfugiés Alain Régnier.

« On mobilise des logements vacants, dans des zones peu tendues », que ce soit dans le parc social ou privé, explique M. Mathieu. C’est à dire surtout dans des villes moyennes, et se pose « tout de suite la question de l’emploi », selon le Délégué interministériel.

Car « on veut proposer aux réfugiés un logement vacant, mais aussi un accompagnement vers une formation ou emploi qui n’a pas trouvé preneur », dans la restauration ou le BTP par exemple.

Tous les réfugiés ne passeront pas directement dans du logement pérenne, qui suppose un certain degré d’autonomie. Une partie, des hommes isolés notamment, seront orientés vers des Centres provisoires d’hébergement (CPH) où ils resteront un an en moyenne.

Ils auront là un accompagnement social pour « amener à l’autonomie », assure M. Sodini, selon qui « on arrivera fin 2019 à 10.000 places de CPH en tout » (contre 3.000 au départ).

Pour ces jeunes isolés, la démarche couplant hébergement et formation est jugée particulièrement prometteuse: le programme « Hope », lancé avec un petit millier de stagiaires, a permis à 65% de trouver un emploi et 75% un logement, selon un premier bilan. Il doit être étendu à 2.000 personnes au minimum à l’horizon 2020.

Reste la piste de l’hébergement citoyen, pour lequel le Parlement vient de voter un crédit d’impôt de 1.500 euros maximum par foyer, mais qui ne figurera pas dans le budget définitif selon le patron des députés LREM. Une piste marginale ? Pour M. Taché, le père de cette proposition, « l’accueil et de l’intégration, c’est l’affaire de toute la société ».



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