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Comores: des manifestants de l’opposition violemment dispersés avant l’annonce des résultats de la présidentielle

Des manifestants de l’opposition ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre lundi à Moroni, alors que le petit archipel des Comores attend les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, qui doivent consacrer le triomphe du sortant Azali Assoumani, accusé par ses adversaires et la société civile d’avoir orchestré une fraude généralisée.

Les gendarmes ont dispersé avec des lacrymogènes et des balles en caoutchouc plus d’une centaine de partisans de l’opposition qui manifestaient au lendemain de l’élection présidentielle, a constaté un journaliste de l’AFP.

Au moins deux personnes ont été blessées, un manifestant a été évacué en ambulance, et un gendarme en civil par ses camarades.

Toute la nuit, les rumeurs les plus folles ont couru les rues de Moroni. Barricades, émeutes, déclaration du chef d’état-major de l’armée… Mais au lendemain du scrutin, la capitale du pays s’est réveillée comme si de rien n’était.

Le dépouillement a débuté dimanche soir au siège de l’Assemblée nationale, protégée lundi matin par un maigre cordon de gendarmes.

« On a compté Moroni et ses environs », a déclaré à l’AFP un responsable de la Commission électorale (Ceni). « On attend les urnes en provenance d’Anjouan et Mohéli (deux des trois îles des Comores). On donnera les résultats avant le terme légal de cinq jours. »

L’opposition a lancé un pavé dans la mare dimanche en annonçant qu’elle ne les reconnaîtrait pas, accusant le camp présidentiel de « coup d’Etat » électoral.

Avant la clôture du vote, les douze candidats opposés au colonel Azali ont dénoncé d’une même voix outrée une « mascarade » et déclaré son régime « illégitime ». Mais leur appel à la « résistance » a tourné court.

Epaulés par une trentaine de partisans, une poignée de candidats, le colonel Soilihi Mohamed dit « Campagnard » en tête, a bien tenté de marcher sur l’Assemblée. Mais la tentative a été bloquée par les gendarmes, sans un coup de matraque.

– Fraude généralisée –

Comme celui de l’opposition, le bilan du scrutin dressé lundi par la société civile comorienne est accablant.

Bureaux saccagés et fermés avant l’heure officielle de clôture (18h00 locales) par les forces de l’ordre, urnes bourrées, assesseurs de l’opposition empêchés, toute la palette de la fraude électorale y est passée.

« Des bureaux de vote (ont été) fermés dès 16h30 sur ordre des forces de l’ordre, elles se sont chargées de la récupération des urnes avant toute opération de dépouillement », a dénoncé l’Observatoire des élections.

Sur l’île d’Anjouan, en majorité hostile au président Azali, l’armée est intervenue pour disperser la foule en colère, faisant un mort et une dizaine de blessés, selon l’ONG.


Le ministre de l’Intérieur Mohamed Daoudou, dit « Kiki », a nié ce bilan et balayé les accusations de fraude.

« Le vote s’est normalement déroulé sur l’ensemble du territoire « , s’est-il réjoui lundi, « les incidents relevés ne sont pas de nature à entacher la sincérité du scrutin ».

Tout au long d’une campagne qu’il a écrasée de tous les moyens de l’Etat, M. Azali, 60 ans, a répété qu’il comptait bien l’emporter dès le premier tour.

A la tête du pays de 1999 à 2006, réélu en 2016, l’ancien putschiste a engagé sa grande entreprise de maintien au pouvoir en faisant adopter, il y a un an, une réforme constitutionnelle par référendum.

– « Machine Azali » –

Ce texte a étendu de un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée par rotation à un natif de chacune des trois îles de l’archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan). Par la grâce du nouveau calendrier électoral, Azali Assoumani pourrait rester, en cas de victoire, au pouvoir jusqu’en 2029.

L’opposition a crié au scandale. Ce nouveau système, dit-elle, a remis en cause le fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d’Etat à répétition qui agitaient l’archipel depuis son indépendance en 1975.

Mais rien n’y a fait. Au contraire, le président a fait taire les critiques à grands coups d’arrestations. Son ennemi juré, l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, est détenu pour corruption et plusieurs dirigeants de partis condamnés pour tentatives de coup d’Etat.

L’opposition a dénoncé la dérive autoritaire du régime, sa corruption et son incapacité à réduire la pauvreté extrême des 800.000 habitants du pays.

Mais, divisée et décimée par la répression, ses chances de succès sont apparues limitées face à la « machine Azali ».

« Le vote de dimanche conclut une entreprise de fraude caractérisée engagée il y a longtemps », a estimé une source occidentale. « Azali va autoriser quelques recours pour donner un peu de verdict démocratique au processus mais sa légalité lui importe peu. »

« La situation est préoccupante », s’est inquiété auprès de l’AFP Samir Soulaïmane, de la Plateforme citoyenne, un collectif de la société civile. »Nous en appelons à la communauté internationale, dont l’Union africaine, pour amorcer un dialogue politique avant que le pays ne sombre dans le chaos. »

« Nous sommes un pays souverain », a déjà tranché le ministre de l’Intérieur, « on n’attend pas qu’un organisme étranger valide ou invalide notre élection ».

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