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Contrôles stricts à Bangui pour tenter d’empêcher Ebola de passer

Le bras tendu, les doigts crispés sur la crosse, Firmin vise la tempe de la jeune Mady: au port de Sao à Bangui, il prend la température de tous ceux qui arrivent de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, frappée par le virus Ebola.

Tous les matins, Firmin, 32 ans, employé par le ministère centrafricain de la Santé, vient se poster avec d’autres agents au bord de l’Oubangui, affluent du fleuve Congo qui sépare son pays de la RDC.

Armé de son thermomètre à infrarouge, vêtu d’une blouse blanche, il contrôle scrupuleusement les passagers qui viennent de traverser l’Oubangui à bord de baleinières, grands bateaux fluviaux à fond plat.

« On prend leur nom, leur prénom, leur point d’embarquement et leur destination, après on prend leur température », déclare-t-il, registre ouvert sur ses genoux.

Depuis que le virus Ebola s’est déclaré a Mbandaka, ville de RDC située à 350 km de Bangui, le ministère de la Santé, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a mis en place d’importants moyens de prévention à Bangui pour éviter qu’Ebola ne rentre en Centrafrique.

L’épidémie de fièvre Ebola a déjà tué 27 personnes en RDC depuis un mois. Un seul cas suspect à été identifié dans l’est de la Centrafrique, mais les analyses se sont révélées négatives au virus Ebola.

Calquée sur le précédent plan de lutte contre une épidémie de choléra de 2016, la réponse centrafricaine comprend le contrôle de la température des voyageurs à l’aéroport et aux sept différents débarcadères de Bangui.

Une ambulance spéciale est mobilisée en permanence, chargée d’emmener les cas suspects à l’hôpital général de la capitale centrafricaine où ils seront mis en quarantaine. Des prélèvements sont ensuite envoyés à l’Institut Pasteur de Bangui, seul habilité à dépister le virus.

Ces contrôles exaspèrent Rebecca et ses cinq filles qui viennent d’arriver au port de Sao. « On ne comprend pas trop pourquoi ils nous arrêtent comme ça, il n’y a pas Ebola ici et ça nous fait perdre du temps », s’énerve-t-elle.

« C’est absurde », renchérit un vieux pilote de baleinière prénommé… Congolais. « Il n’y a pas Ebola ici, c’est loin, vers Mbandaka là-bas » dit-il, ajoutant: « Je fais la traversée tous les jours depuis 25 ans, je ne vais pas m’arrêter maintenant ».


Les agents du ministère de la Santé, imperturbables, continuent leur travail. L’un d’eux, le plus âgé, n’hésite pas à demander 100 Francs CFA (quelques centimes d’euros) à chaque personne qu’il contrôle. « Pour le café » dit-il.

– Viande de brousse, danger –

La zone la plus à risque n’est cependant pas aux abords de Bangui, mais en brousse, plus en aval de l’Oubangui, estime le docteur Severin Ritter von Xylander, représentant de l’OMS à Bangui.

« Si les cas se déclarent en brousse, nous essayons de trouver des moyens volants (avions et hélicotères) que nous n’avons pas » reconnaît-il. « Il en va de même pour les zones où se trouvent des groupes armés ». La Centrafrique est en grande partie sous la coupe de ces groupes depuis des années.

Autre grand sujet d’inquiétude pour l’OMS, la consommation et la circulation non contrôlées de viande de brousse, singe, civette, ourebi (petite antilope) chauve-souris, rat. Une viande locale, mais provenant également de pays voisins en toute illégalité et très prisée des Centrafricains.

Au marché central de Bangui, en plein cœur de la ville, cette viande se tranche à grand coups de machette et les pattes de singes ou les côtelettes de rats de brousse se négocient avec acharnement.

« On connaît le réservoir naturel du virus, ce sont les animaux sauvages », rappelle le représentant de l’OMS. La quasi-totalité des cas « où le virus est passé de l’animal à l’homme c’était à travers les chasseurs ou des gens qui consommaient de la viande de brousse », insiste-t-il.

Et pour prévenir la contagion par ce truchement, l’OMS a mis en place une vaste campagne de communication passant par les médias locaux et les radio associatives.

str/stb/sba


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