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Covid-19: Le masque alternatif, la trouvaille des tailleurs sénégalais

A l’échelle planétaire, la pénurie prononcée des masques médicaux favorise l’essor des protections alternatives destinées au grand public. En Afrique, les initiatives dans ce sens fleurissent. Reportage à Dakar.Au cœur du marché Tilène de la Médina (commune de Dakar), se mène une bataille discrète contre le coronavirus. Dans un immeuble abritant un atelier de couture, la confectionne des habits est suspendue pour privilégier celle de masques de protection en tissu.

Pas de temps à perdre pour les couturiers dont le cliquetis des ciseaux et le vrombissement des machines à coudre offrent un concert sonore stimulant.

Avec dextérité, les tailleurs fabriquent plusieurs lots de masques alternatifs pour les populations sous l’œil vigilant d’Amadou Oury Diallo, le maître des lieux.

« Toutes nos activités étaient à l’arrêt à cause de la pandémie. Ces masques sont pour nous une opportunité inespérée. Cela nous permet non seulement de subvenir à nos besoins mais aussi de participer à l’effort national de lutte contre le Covid-19 », explique M. Diallo, maître tailleur chevronné.

Dans cette fabrique, une vingtaine d’employés produisent chacun 200 à 300 masques par jour. Une cadence soutenue dont se satisfait Amadou qui, tout comme les couturiers, porte un masque : « On s’en sort pas mal. Ce travail vaut mieux que de rester assis sans rien faire ».

Si cette entreprise tourne à plein régime, c’est grâce au concept « un Sénégalais, un masque » lancé par deux promoteurs aux profils surprenants. Il s’agit de Babacar Bathily, ingénieur dans les énergies solaires et d’Alassane Diop, un mordu de littérature.

« Nous avons eu cette idée en marchant dans les rues de Dakar. Nous nous sommes rendu compte que les gens n’avaient pas de masques. Quand nous avons essayé d’en acheter, nous avons trouvé que les prix étaient exorbitants », raconte M. Diop.

Guidés par leur fibre philanthropique, les deux amis sentent la nécessité d’agir. « Initialement, notre objectif était de vendre les masques à des personnes nanties pour qu’elles les offrent ensuite aux nécessiteux. Mais après avoir constaté qu’on n’avait pas accès aux bonnes personnes, on a décidé de baisser le coût et de financer l’activité sur fonds propres », retrace Bathily.

L’adhésion des tailleurs a permis de donner corps à ce projet avec un kit de quatre masques en tissu lavables et réutilisables qui est vendu à 1000 F CFA seulement.

Les bénéfices tirés de la commercialisation sont aussitôt réinvestis « parce qu’on n’attend pas de retour sur investissement. C’est notre contribution dans ce combat », assurent MM. Bathily et Diop.

En raison de la rareté des masques médicaux, l’écoulement des protections alternatives se révèle être un bon filon. Dans les rues de la capitale, de nombreux marchands ambulants ont fait de la revente de ces produits leur gagne-pain.

Demba Guèye, dont le digital est le domaine de prédilection, a ainsi créé sa propre marque : « Dakar Masks ». « Quand j’ai vu qu’il n’y avait plus de masques dans les pharmacies (…), j’ai alors décidé, avec des artisans, de lancer cette initiative », détaille-t-il au bout du fil.

Le business est lucratif mais, modère M. Guèye, « la petite marge nous permet de fabriquer d’autres masques que nous distribuons gratuitement au personnel médical, aux forces de l’ordre et aux talibés (élèves coraniques qui mendient dans les rues en Afrique de l’ouest) ».


L’efficacité en question

Les promoteurs de ces masques dits alternatifs n’ont pas sollicité le ministère sénégalais de la Santé et de l’Action sociale pour avoir des autorisations. Mais, ils ont consulté des professionnels de ce secteur afin de proposer aux citoyens un produit capable de réduire les risques de contamination.

Demba Guèye dit s’être inspiré des normes définies par le Centre Hospitalo-Universitaire de Grenoble (France). Pour s’assurer de l’efficacité des masques, il a mis au point un test : « On actionne un briquet devant chaque masque, puis on souffle. Si la flamme ne s’éteint pas, cela montre que l’air ne traverse pas le tissu; le virus non plus ».

De son côté, Babacar Bathily informe avoir contacté des experts de la fabrication de masques médicaux pour bénéficier de conseils sur « le choix des matériaux et les spécificités des normes » de production.

Certains estiment que ces protections sont uniquement palliatives. Elles n’auraient pas la même efficacité que les masques chirurgicaux qui protègent des postillons. Mais actuellement, le masque médical est un produit précieux que s’arrachent tous les pays, même les grandes puissances. Seule la Chine, « l’atelier du monde », en produit suffisamment pour sa consommation et pour l’exportation.

Ces dernières semaines, le monde entier s’est rendu à l’évidence : les masques sont un allié de taille dans la croisade contre la pandémie.

Leur port, qui fait partie d’un ensemble de mesures barrières, est de plus en plus recommandé. Dans plusieurs pays comme le Maroc, il est même devenu obligatoire. A Niamey, la capitale nigérienne, il y est également interdit de sortir sans porter de masque, à partir de ce samedi 11 avril.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les masques seuls ne constituent pas la « solution miracle » contre le coronavirus. Tout de même, l’organisation internationale, à l’instar des États-Unis ou de la France, plaide pour leur utilisation massive.

A en croire Mike Ryan, l’expert en situation d’urgence à l’OMS, « il peut y avoir des circonstances dans lesquelles l’utilisation des masques, qu’ils soient faits maison ou fabriqués en tissu, à l’échelle d’une communauté, peut participer à la réponse globale et complète à cette maladie ».

Récemment invité à la matinale de la Radio Futurs Médias (RFM, privée, Sénégal), le docteur Aloyse Diouf, directeur de cabinet du ministre sénégalais de la Santé et de l’Action sociale, a soutenu que « le port du masque doit être généralisé ».

Cette volte-face, tant au niveau national qu’international, a fait s’envoler le prix des masques médicaux voire alternatifs.


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