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Crise post-électorale en Mauritanie : le pouvoir a « surréagi » (expert français)

Le raidissement post-électoral du pouvoir en Mauritanie s’explique par le score moins bon qu’escompté de son candidat à la présidentielle, l’ex-général Mohamed Cheikh El-Ghazouani, estime Alain Antil, expert à l’Institut français de relations internationales (Ifri).

Q : La mobilisation de l’opposition était-elle prévisible, tout comme la réponse répressive du pouvoir ?

R : Beaucoup de gens sont surpris, y compris en Mauritanie, et le plus surprenant dans tout cela c’est la fébrilité des autorités.

On a vu de manière un peu surprenante un candidat annoncer sa victoire (à l’issue du premier tour) avant même que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ne prononce les résultats. Ensuite il y a eu des manifestations qui semble-t-il ont été très durement réprimées, un blackout avec la coupure d’internet, des arrestations, des fermetures de sièges de campagne, et enfin un pouvoir qui dénonce une opération de déstabilisation du pays par des « mains étrangères ».

On est très surpris de la panique qui s’est installée chez les autorités alors qu’il est assez classique, lors d’une élection présidentielle en Mauritanie, que les candidats malheureux contestent les résultats et déposent des recours sans que cela entraîne ce type de surréaction des autorités.

Je crois que ces dernières ont été surprises par les résultats des opposants. Si on additionne les scores des trois candidats qui viennent juste après celui du vainqueur, le général Ghazouani (52% des voix), on dépasse nettement les 40%.

L’opposition demande un recomptage des voix, ce qui ne paraît pas une demande outrancière mais à mon avis, le pouvoir n’en a pas du tout envie. Peut-être les 52% sont-ils légèrement surestimés et n’est-il pas prêt à accepter un deuxième tour, qui serait un aveu de faiblesse très fort.

Q : La France a félicité très rapidement le candidat du pouvoir. Comment analysez-vous cette réaction ?


R : Elle paraît en décalage avec ce qu’il se passe. Il est tout de même un peu curieux de saluer une élection alors que l’on est en pleine crise post-électorale.

Il y a eu vraisemblablement un peu de précipitation dans la réaction du Quai d’Orsay, le communiqué aurait mérité d’être un peu plus nuancé.

On a un pouvoir sortant qui a réussi à tenir le pays d’un point de vue sécuritaire. La Mauritanie n’a pas été frappée par des actes terroristes depuis 2011. Je pense que du côté de la communauté internationale, de la France, il y avait une volonté que le pouvoir continue à mettre l’accent sur les questions sécuritaires et donc l’élection du général Ghazouani était vue d’un bon oeil.

Q : Quel est le profil du général Ghazouani ?

Il a été chef d’état-major de l’armée mauritanienne et ministre de la Défense. La Mauritanie fait partie du G5 Sahel, le G5 Sahel est étroitement associé au dispositif (militaire français) Barkhane. Il est évident qu’il est connu et apprécié des autorités françaises mais comme de nombreux officiers ou responsables mauritaniens. Il n’est pas réputé anti-français du tout mais je ne le définirais pas non plus comme un pro-Français et encore moins comme le candidat de la France.

C’est quelqu’un qui a la confiance du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz, ils se connaissent depuis très longtemps. Il paraît un peu plus effacé que lui mais il est très structuré et était très apprécié dans l’armée mauritanienne. Ce n’est pas du tout un homme de paille.

(Propos recueillis par Valérie LEROUX)



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