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Dans un Cameroun en proie aux crises, les prisons s’échauffent

Des prisonniers qui dorment à même le sol, des rations alimentaires insuffisantes, des conditions d’hygiène déplorables: dans les prisons camerounaises, l’augmentation du nombre de détenus politiques et de séparatistes anglophones détériore davantage des conditions carcérales déjà catastrophiques.

Lundi, des centaines de détenus de la prison centrale de Yaoundé se sont révoltés contre leurs conditions de détention, saccageant et incendiant bibliothèque et atelier de couture, avant d’être arrêtés par les forces de sécurité camerounaises.

« Nous ne voulons plus manger de maïs en bouillie », « Nous voulons être jugés », scandaient des prisonniers, diffusant en direct sur Facebook leurs revendications.

Mardi, la prison de Buéa, chef-lieu du Sud-Ouest, l’une des deux régions anglophones théâtre d’un violent conflit armé entre l’armée et les séparatistes, s’est enflammée à son tour. Plusieurs tirs ont été entendus à proximité, des flammes et de la fumée se dégageant du toit ont été observées.

Au Cameroun, « la surpopulation carcérale est exacerbée par la crise socio-politique qui a démarré en 2016 dans les zones anglophones et la crise post-électorale », estime Maximilienne Ngo Mbe directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits de l’Homme de l’Afrique centrale (Redhac).

« La situation dans les prisons camerounaises est devenue catastrophique (…) Comment se fait-il que des personnes croupissent en prison depuis deux ou trois ans sans avoir été jugées », s’indigne-t-elle.

Depuis cinq ans, l’effectif carcéral ne cesse d’augmenter pour passer de 23.500 en 2013 à 30.701 en décembre 2017, selon le dernier rapport publié en 2018 par la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés du Cameroun.

A Kondengui, la prison centrale de Yaoundé, plus de 5.000 personnes s’entassent dans le vieux bâtiment, prévu au départ pour 1.500 personnes.

Dans ce pays d’Afrique centrale, les taux d’occupation des prisons varient selon les régions de 90% à 294%, selon les données officielles.

« Les détenus doivent se relayer pour dormir faute de place, la nourriture est infecte (…) les conditions d’hygiène déplorables », détaille Mme Ngo Mbe.

Dans les geôles camerounaises sévit une « prévalence élevée de pathologies liées à la promiscuité comme la tuberculose, le VIH -Sida, le choléra, la gale ainsi qu’un nombre alarmant de décès », dénonce un rapport publié fin juin par le réseau des avocats camerounais contre la peine de mort.

– 22 détenus dans 4 m2 –


Depuis des années, les prisons des grandes villes, comme celles de Douala ou de Yaoundé, sont caractérisées par « une surpopulation carcérale souvent plus marquée », relève Marie Morelle, géographe à l’université Paris 1, spécialiste des prisons au Cameroun.

Dans le nord du pays, « la lutte contre Boko Haram a accentué une surpopulation carcérale dans la prison de Maroua », explique la chercheuse.

Le Cameroun est confronté depuis plusieurs années à des attaques du groupe jihadiste nigérian Boko Haram dans le nord du pays.

« De même la situation (carcérale) s’est dégradée dans les régions anglophones tandis qu’il y a dix ans leurs prisons n’étaient pas toute marquées par la surpopulation », ajoute Mme Morelle.

Mais selon elle, les incarcérations de ces dernières années ne font que « révéler des conditions de détention difficiles depuis des années ».

« Aujourd’hui, on observe une conjonction entre l’arrivée de détenus politiques, habitués à prendre la parole et la dénonciation des conditions de détention ».

Lorsque les détenus politiques « n’étaient pas dans les prisons, les détenus de droit commun n’avaient pas les mêmes capacités ou les mêmes relais pour dénoncer », analyse-t-elle.

Sur les vidéos postées depuis la prison centrale de Yaoundé, on pouvait effectivement reconnaitre des figures de la contestation anglophone et des leaders de l’opposition, arrêtés à la suite de manifestations pacifiques contestant la victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2018 du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.

Les mutineries dans les prisons camerounaises ne sont pas rares.

En 2015, une révolte éclate à la prison de Garaoua (nord), à la suite du décès d’un détenu, mort par suffocation après avoir été enfermé dans une cellule disciplinaire de 4 m2 occupée par 22 personnes. Puis en 2016, dans la même prison pour dénoncer l’absence d’eau potable.

L’année suivante, celle de Baffoussam (ouest) se rebelle pour dénoncer les conditions de détention, ou encore celle de Kumbo (nord-ouest) qui s’embrase et est partiellement détruite par un incendie.



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