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De la mairie à la Maison Blanche? Le jeune Buttigieg parie sur les électeurs de Trump

Quand l’étoile montante démocrate Pete Buttigieg a lancé sa campagne présidentielle dimanche, il l’a fait depuis une ancienne usine automobile de South Bend, la ville dont il est maire et qu’il entend mettre en avant comme un potentiel laboratoire de la renaissance économique des Etats-Unis.

Devant des milliers de personnes, l’élu de 37 ans, passé en un temps record d’un quasi-anonymat au peloton de tête dans les sondages, a annoncé qu’il se lançait dans la course à la présidentielle sous les hourras de la foule… et le goutte-à-goutte venant d’un toit endommagé qui laissait passer la pluie.

Un rappel que cette vaste usine Studebaker avait été abandonnée pendant des décennies. Mais à seulement quelques pas, South Bend offre désormais un tout autre visage.

Finies les vitres cassées et les tôles rouillées. Ici, les anciens entrepôts ont été convertis en immeubles de bureaux resplendissants.

C’est l’une des grandes fiertés du jeune maire, et un exemple éclatant de ce qu’il veut apporter aux anciens bastions industriels du coeur de l’Amérique, qui comme ici dans l’Indiana, ont durement souffert ces dernières décennies.

« On vend un mythe aux communautés rurales et industrielles », selon lequel « on pourrait arrêter le temps et revenir en arrière », a-t-il clamé devant la foule en liesse, dans une référence au slogan que Donald Trump martèle depuis des années: « Rendre sa grandeur à l’Amérique ».

– Ancienne « ville mourante » –

Désenchanté, une bonne partie de l’électorat ouvrier a en effet voté pour Donald Trump en 2016, séduit par sa promesse de revitaliser l’industrie et les mines.

C’est avec une vision résolument tournée vers l’avenir que Pete Buttigieg courtise désormais ces mêmes électeurs.

Sous les deux mandats de « Mayor Pete », comme on le surnomme, South Bend est parvenue à mettre fin à des années de déclin.

Sa population augmente légèrement chaque année depuis 2013, un an après sa prise de fonction, et se situe à quelque 100.000 habitants aujourd’hui.

La population active a grimpé, le chômage a baissé et les salaires ont augmenté.

Ces changements ont motivé Gillian Shaw, originaire du New Jersey, à plus de mille kilomètres sur la côte Est, à rester à South Bend une fois ses études terminées non loin de la ville.

Et aujourd’hui les bureaux de la société qu’elle a cofondée, dans le secteur technologique de la santé, sont justement installés dans l’immeuble Studebaker.

« J’ai emménagé ici la même année que l’élection de Pete », fin 2011, explique-t-elle. « J’ai été témoin du renouveau de cette ville, je trouve cela génial et je veux y participer. »


Pourtant, en 2011, South Bend avait été placée par le magazine Newsweek dans son classement des dix villes américaines mourantes.

« Le maire a su créer un sens de l’optimisme », analyse une politologue de l’université de l’Indiana, Elizabeth Bennion.

Reste à voir si ces résultats suffiront à convaincre les électeurs que Pete Buttigieg peut prendre les commandes de la première économie mondiale.

D’autant qu’à l’image de l’usine Studebaker, South Bend reste un projet en devenir.

Sa croissance devrait progresser en 2019, mais à un « rythme plutôt modeste », selon l’université de l’Indiana.

Pauvreté, taux élevé d’homicide: la ville « continue de faire face aux mêmes défis que les autres », souligne Elizabeth Bennion.

– « L’homme du moment » –

Pete Buttigieg n’est en outre pas seul à tenter de s’attirer les votes des électeurs de Donald Trump, parmi les 18 candidats qui espèrent décrocher l’investiture démocrate et défier l’actuel président en 2020.

En tête des sondages parmi les candidats démocrates déclarés, Bernie Sanders vise aussi les bassins industriels de la « Rust Belt ». Et puis il y a l’inconnue Joe Biden, qui domine les sondages avant même de s’être présenté.

« Si Biden se lance, il fera une sérieuse concurrence à Buttigieg » auprès de ces électeurs, estime Paul Beck, politologue à l’université de l’Ohio.

Avec son histoire si particulière de jeune maire marié vivant ouvertement son homosexualité, d’ancien militaire parlant huit langues et diplômé de Harvard qui évoque sans détours sa foi, Pete Buttigieg a connu une ascension si rapide que son équipe semble parfois peiner à suivre.

« C’est l’homme du moment », souligne G. Terry Madonna, de l’université Franklin and Marshall College.

« Mais pourra-t-il le maintenir sur la durée? C’est la clef. »



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