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Déchue de sa nationalité britannique, une jeune femme de l’EI dénonce une « injustice »

Shamima Begum, partie rejoindre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie en 2015, a jugé « injuste » mercredi la décision du gouvernement britannique de la déchoir de sa nationalité, et envisage de demander la nationalité néerlandaise.

« Je suis un peu sous le choc (…). Je trouve que c’est un peu injuste pour moi et mon fils », a réagi la jeune femme de 19 ans sur la chaîne ITV après l’annonce de sa déchéance de nationalité.

« D’autres personnes sont renvoyées au Royaume-Uni, je ne vois pas en quoi mon cas est différent », a ajouté Shamima Begum qui avait affiché son absence de regrets, provoquant l’indignation. « Est-ce simplement parce qu’il a été médiatisé ? ».

Elle a expliqué réfléchir à demander la nationalité néerlandaise, son mari étant originaire des Pays-Bas. Ce dernier a été fait prisonnier par les Forces démocratiques syriennes (FDS).

« Peut-être puis je demander la nationalité aux Pays-Bas. S’il est envoyé en prison aux Pays-Bas, je peux simplement l’attendre pendant qu’il est emprisonné », a-t-elle déclaré.

Le cas de Shamima Begum illustre le dilemme auquel sont confrontés plusieurs gouvernements européens, entre interdire le retour de leurs ressortissants jihadistes pour des questions de sécurité, ou les laisser revenir pour les traduire en justice.

La jeune femme, qui se trouve actuellement dans le camp de réfugiés d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, avait annoncé la semaine dernière son intention de rentrer au Royaume-Uni. Elle a accouché au cours du week-end d’un bébé. Ses deux précédents enfants, nés après son départ vers la Syrie, sont décédés de maladie et de malnutrition.

La décision du ministre de l’Intérieur conservateur, Sajid Javid, a été notifiée dans une lettre reçue mardi par la famille Begum.

Le Royaume-Uni a le pouvoir de déchoir un citoyen de sa nationalité s’il estime que cela relève de « l’intérêt général » et à condition que cela ne le rende pas apatride, conformément à la convention de New York du 30 août 1961 qu’il a ratifiée.

« C’est un outil puissant (…) et nous ne l’utilisons pas à la légère », a déclaré mercredi le ministre de l’Intérieur Sajid Javid au Parlement, expliquant avoir privilégié la « sécurité du pays ».

M. Javid a aussi laissé entendre que le bébé de Shamima pourrait revenir au Royaume-Uni. « Les enfants ne devraient pas souffrir. Ainsi, si un parent perd sa citoyenneté britannique, cela n’affectera pas les droits de son enfant ».

– « Dangereux précédent » –


La famille de la jeune femme a annoncé examiner « toutes les voies légales pour contester cette décision », qui peut faire l’objet d’un appel.

L’avocat de la famille, Tasnime Akunjee, a affirmé à l’agence britannique Press Association que Shamima Begum, d’origine bangladaise par ses parents, était née au Royaume-Uni, ne disposait pas de la double nationalité, et n’avait jamais eu de passeport bangladais. Mais selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, la jeune femme peut obtenir une autre nationalité.

Au Bangladesh, Chiranjiv Sarker, directeur général au ministère des Affaires étrangères, a expliqué à l’AFP que ses services n’avait pas été sollicités.

« Jusqu’ici, aucun membre de sa famille ne nous a approchés », a-t-il dit.

Il a souligné que si sa famille contactait son ministère pour lui obtenir des papiers, celui-ci devrait vérifier son éligibilité à la nationalité bangladaise.

La réponse à apporter à la situation de Shamima Begum divise d’autant plus que certaines déclarations de la jeune femme ont choqué au Royaume-Uni, frappé par une série d’attentats en 2017 revendiqués par le groupe EI.

La jeune femme a notamment affirmé qu’elle ne regrettait pas sa fugue vers la Syrie alors qu’elle n’avait que 15 ans, et a qualifié l’attentat de Manchester, qui avait fait 22 morts en mai 2017, de mesure de « représailles » aux frappes de la coalition occidentale contre l’EI.

Le député conservateur George Freeman a critiqué la décision de Sajid Javid, y voyant une « erreur » qui établit un « dangereux précédent ».

« Elle est née ici, a fait ses études ici, et relève de notre responsabilité », a-t-il affirmé sur Twitter. « Elle devrait être amenée devant les tribunaux britanniques ».

Dans l’opposition, le Parti libéral-démocrate a également pris position pour son retour, estimant que la jeune femme devait répondre de ses « crimes » devant la justice britannique.

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