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Dénoncé par la rue irakienne, l’Iran « bétonne » son influence au sein du pouvoir

Dans l’Irak en révolte, ses consulats ont été attaqués et des portraits de ses dirigeants déchirés en place publique. Mais si l’Iran n’est plus intouchable dans la rue, son influence au sein du pouvoir irakien, elle, s’est renforcée, estiment des experts.

A Najaf, symbolique ville sainte chiite située au sud de Bagdad, qui vit notamment du tourisme religieux des pèlerins iraniens, des centaines de manifestants ont scandé mercredi « Iran dehors! » ou « Victoire à l’Irak! », alors que les flammes dévoraient le consulat de la République islamique.

« Les ingérences même pas discrètes de l’Iran ont énervé de nombreux Irakiens », avance Ali Hussein, un manifestant à Najaf. L’attaque contre le consulat, dit-il, « est un message clair à l’Iran pour qu’il revoit son rôle en Irak ».

Déjà début novembre, un mois après le déclenchement du mouvement de contestation contre le pouvoir irakien –émaillé de près de 400 morts–, d’autres manifestants avaient tenté de hisser le drapeau irakien sur le consulat d’Iran de Kerbala, l’autre ville sainte chiite du pays.

– Expression inédite –

Avec une audace jusqu’ici cantonnée aux régions sunnites –minoritaires en Irak, où deux tiers des habitants sont chiites comme l’Iran–, les manifestants ont brûlé les QG des factions armées pro-Iran, qui forment désormais le deuxième bloc au Parlement à Bagdad, et ont crié leur ras-le-bol des visites répétées du puissant général Qassem Soleimani, en charge des opérations extérieures de l’armée idéologique iranienne.

C’est lui qui est parvenu à resserrer les rangs des partis au pouvoir autour du Premier ministre Adel Abdel Mahdi, un temps sur la sellette.

Les manifestants ne cessent aussi d’accuser leur grand voisin de détruire l’industrie irakienne en inondant son marché de produits aussi variés que des voitures et des tomates pour quelque six milliards d’euros par an.

« Le sentiment anti-Iran n’est pas nouveau, c’est la façon dont il s’exprime qui est inédite », affirme à l’AFP le chercheur Fanar Haddad.

« La colère se concentre sur le système politique irakien et elle se tourne naturellement aussi vers l’Iran car il est impossible de les dissocier », décrypte ce spécialiste de l’Irak.

Déjà sous Saddam Hussein, l’Iran a cultivé un fort réseau au sein des opposants au dictateur, qu’ils soient partisans de la cause chiite ou kurde, et même parmi les tribus sunnites. Ce sont ces hommes sur lesquels Téhéran mise depuis des années qui sont aujourd’hui au pouvoir.

L’Iran s’est aussi rendu indispensable en approvisionnant en courant et en gaz son voisin en pénurie chronique d’électricité, et ce pour des milliards d’euros.


Quand la contestation a éclaté le 1er octobre, réclamant d’abord des services publics fonctionnels, une alimentation en électricité fiable et des emplois, dans un pays où de nombreuses usines sont toujours fermées depuis l’invasion américaine de 2003, les manifestants avaient également l’Iran dans le viseur.

– « Casserole bouillonnante » –

Car la prospérité promise après la victoire il y a deux ans sur les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) n’est pas arrivée, affirme à l’AFP Maria Fantappie, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Et surtout, la classe politique ne s’est toujours pas renouvelée, dans le douzième pays le plus corrompu au monde.

« La révolte a soulevé le couvercle d’une casserole qui bouillonnait déjà », assure-t-elle, et le sentiment anti-Iran est « désormais à la surface ».

La révolte a aussi fait ressortir des fractures: celle, évidente, entre le peuple et sa classe dirigeante, mais aussi celle entre les écoles religieuses rivales d’Irak et d’Iran, poursuit la chercheuse.

A Najaf, le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité de la plupart des chiites d’Irak, a estimé que la révolte populaire avait changé à jamais la face de l’Irak, quand le guide suprême iranien Ali Khamenei n’y voit qu’un « complot ».

Mais la critique grandissante de l’Iran en Irak pourrait susciter plus de violence en réaction, préviennent des experts.

« L’incendie du consulat (à Najaf) est évidemment un coup dur pour l’Iran, mais il peut aussi être utilisé comme un prétexte pour renforcer la réponse sécuritaire », affirme M. Haddad.

La journée qui a suivi cette attaque a été l’une des plus meurtrières en deux mois de contestation, avec près de 40 manifestants tués dans la répression des forces de sécurité.

Certes, « la réputation et la crédibilité de l’Iran ont été sapées auprès du public », convient Mme Fantappie. Mais sa « réaction naturelle a été de bétonner son pouvoir sur les plans politique et sécuritaire ».


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