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Des patriarches chrétiens du Moyen-Orient plaident pour un retour des réfugiés en Syrie

Des patriarches chrétiens de Syrie et du Liban sont venus à Bari (sud de l’Italie) pour appeler à une aide internationale au retour des réfugiés syriens dans leur pays, saisissant l’occasion d’une rencontre au sommet samedi avec le pape François.

Le pape argentin et presque tous les patriarches orthodoxes et catholiques des Églises du Moyen-Orient se sont retrouvés samedi dans la ville portuaire pour montrer leur solidarité avec les chrétiens d’Orient.

François les a accueilli chaleureusement sur le parvis de la basilique où se trouvent les reliques de Saint Nicolas de Myre (Turquie actuelle), mort au IVè siècle et vénéré par les orthodoxes et les catholiques.

Après s’être recueillis dans la crypte des reliques, tous sont partis dans un mini-bus décapotable pour aller prier ensemble sur le front de mer, où des solistes ont chanté en arabe et en araméen.

Dans des propos introductifs, le pape a exprimé ses craintes de voir « effacée » la présence des chrétiens au Moyen-Orient, « défigurant le visage même de la région ». Un effacement opéré « dans le silence de beaucoup et avec la complicité de beaucoup ».

« L’indifférence tue, et nous voulons être une voix qui lutte contre l’homicide de l’indifférence », a-t-il lancé, évoquant une région « carrefour de civilisations et berceau des grandes religions monothéistes », abritant « les racines de nos âmes ».

Les dignitaires religieux se sont ensuite retirés à huis clos pour parler tour à tour des questions brûlantes de la région.

Pour le cardinal libanais Béchara Raï, le patriarche des maronites, les États occidentaux doivent désormais « encourager » les réfugiés syriens à rentrer en Syrie, « un droit de citoyen » qui doit être séparé du volet politique.

Les gouvernements doivent « aider financièrement les gens chassés de leur terres à réparer leurs maisons » au lieu de « répéter qu’il n’y a pas la paix » au moment où « les bombardements sont extrêmement localisés », a expliqué à l’AFP ce prélat.

Pour lui, le Liban, rare pays de pluralité culturelle et religieuse de la région, est en train d’être « sacrifié » pour avoir ouvert solidairement ses portes à 1,750 million de réfugiés syriens sur une population totale de 4 millions d’habitants.

Il rejoint ainsi la position de ses proches interlocuteurs chrétiens de Syrie interrogés par l’AFP, comme l’archevêque grec-catholique d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart. « Le régime est une chose, le terrain une autre », confie cet homme qui n’a jamais abandonné sa ville bombardée.


Il a lancé une campagne intitulée « Alep vous attend », finançant les retours grâce à des bienfaiteurs suisses.

Sur 170.000 chrétiens de la ville avant la guerre, il en reste peut-être 60.000, calcule-t-il. Ceux qui sont partis en Occident ne reviendront pas, ce qui n’est pas le cas des réfugiés des pays limitrophes.

Malgré les critiques, le régime syrien « a le mérite d’insister sur la laïcité, le pluralisme et l’égalité de tous les citoyens », dans un pays mosaïque d’ethnies et de confessions, dit-il. Car la seule alternative, selon lui, est « un régime fondamentaliste musulman » dans un pays non préparé à la démocratie à l’occidentale.

– ‘Aidez-nous chez nous!’ –

« Ce qui m’empêche de dormir c’est l’exode, le plus grand mal qui soit pour notre Église et notre pays », confie-t-il, ému, en jugeant qu’il n’est plus opportun d’organiser des « corridors humanitaires » vers l’Europe.

« Certains pensent qu’avec un visa ils ont un billet pour le ciel, mais ils vont être un numéro parmi des dizaines de milliers de réfugiés. Maintenant que la sécurité est revenue, aidez-nous chez nous! », a-t-il lancé.

Le patriarche syrien-orthodoxe Ignace Ephrem II, qui vit à Damas, juge que « l’Occident a été très focalisé sur un changement de régime, or notre plus grande crainte est de remplacer un régime séculaire par un gouvernement probablement islamique ».

« En tant que chrétiens nous avons le sentiment d’avoir été abandonnés », résume-t-il, « les programmes d’aide gouvernementale internationale ne nous parviennent pas, au lieu de nous aider, on nous accuse d’être des suppôts du gouvernement ».

Le pourcentage de chrétiens au Moyen-Orient est passé de 20% avant la Première guerre mondiale, à 4%, selon le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’union des chrétiens.


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