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Election d’Istanbul: Binali Yildirim, fidèle second d’Erdogan

« Un navire n’a besoin que d’un capitaine »: fidèle parmi les fidèles, Binali Yildirim, candidat du président Recep Tayyip Erdogan à la mairie d’Istanbul, se contente depuis un quart de siècle du rôle de lieutenant.

Cet ancien chef du gouvernement, chef du Parlement et ministre des Transports âgé de 63 ans a quitté les ors des palais pour mener une campagne ingrate en vue de garder la capitale économique du pays dans le giron de M. Erdogan.

Humilié lors d’un premier vote remporté par l’opposition fin mars, depuis annulé dans des conditions controversées, M. Yildirim a ramassé l’oriflamme du parti présidentiel et compte bien marcher vers une victoire dimanche, jour où l’élection d’Istanbul se jouera une nouvelle fois.

Avec sa moustache en brosse coiffant un sourire facile, son vocabulaire simple qui sonne authentique et un sens de l’autodérision bien ancré, M. Yildirim cultive une image d' »oncle sympathique » qui séduit l’électorat populaire.

Les compilations réunissant ses plaisanteries et gaffes innombrables font un tabac sur les réseaux sociaux et les plateformes de partage de vidéos comme YouTube.

Mais son ascension, M. Yildirim la doit avant tout à sa loyauté sans faille envers l’homme fort de la Turquie, M. Erdogan, qu’il accompagne depuis plus de 25 ans.

C’est M. Erdogan qui place cet ingénieur en construction navale à la tête de la puissante régie municipale des voies maritimes d’Istanbul lorsqu’il devient maire de la ville en 1994.

Arrivé à la tête du gouvernement en 2003, M. Erdogan nomme son vieil ami au ministère des Transports, où M. Yildirim chapeaute les mégaprojets d’infrastructures qui ont depuis transformé le pays.

– « Serviteur loyal » –

Bien que des rumeurs de désaccords affleurent parfois, M. Yildirim apparaît en public comme un loyal serviteur. Jamais il n’a affiché l’ambition de faire de l’ombre à M. Erdogan.

C’est pour cette raison que le président turc le choisit en mai 2016 pour remplacer le Premier ministre d’alors, Ahmet Davutoglu, perçu comme un possible rival.


« Yildirim a toujours rempli son rôle de serviteur loyal et d’homme de mission », résume Emre Erdogan, professeur à l’Université Bilgi à Istanbul. « Il est réputé pour sa personnalité prête à accepter le sacrifice », ajoute-t-il.

Bien moins charismatique que son président, M. Yildirim dit préférer laisser parler les actes. « Je ne parle pas beaucoup, mais je travaille comme mon nom », plaisante-t-il, son patronyme signifiant « foudre ».

L’une de ses principales missions en tant que chef du gouvernement a été de piloter une révision constitutionnelle contestée supprimant la fonction de Premier ministre pour concentrer les pouvoirs de l’exécutif dans les mains du président.

Justifiant son soutien à cette mesure qui a abouti à la suppression de son poste, M. Yildirim a déclaré qu’un navire n’avait « besoin que d’un capitaine, sinon il coule ».

Après la disparition du siège de Premier ministre, M. Yildirim devient chef du Parlement, fonction qu’il occupe jusqu’à sa démission en février dernier pour briguer la mairie d’Istanbul.

Né à Erzincan (est) dans une famille pauvre et pieuse, M. Yildirim, marié depuis plus de 40 ans et père d’une fille et de deux fils, incarne la ligne islamo-conservatrice de sa formation, le Parti de la justice et du développement (AKP).

Il raconte ainsi qu’il a refusé de s’inscrire à la prestigieuse Université du Bosphore après avoir « vu des jeunes gens, des filles et des garçons, assis ensemble dans le jardin. Ça m’a étonné, je me suis dit que je sortirais du (droit) chemin ici ».

Mais derrière son allure débonnaire, l’opposition décèle un homme rusé qui se serait considérablement enrichi dans des conditions opaques ces dernières années.

Le sujet est tabou en Turquie: une journaliste a été condamnée en janvier à plus d’un an de prison pour un article établissant des liens entre les fils de M. Yildirim et des sociétés offshore à Malte.



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