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Elections en RDC: à Lubumbashi, le secteur minier en quête de stabilité

Du petit creuseur clandestin, qui survit avec quelques dollars par jour, aux grandes entreprises, exposées aux fluctuations du cobalt et de la loi, le secteur minier de la République démocratique du Congo, la grande richesse du pays, attend pioche au pied les élections prévues dimanche.

Deux petits « creuseurs » artisanaux rêvent d’alternance et d’une vie meilleure en grattant la terre dans les environs de Lubumbashi, capitale minière que se disputent le pouvoir et l’opposition.

« Notre seul espoir devant Dieu est Martin Fayulu (un des deux candidats d’opposition, ndlr). Nous sommes là pour lui, c’est en lui que nous avons placé notre espoir », lance Prince, 32 ans, qui tente d’extraire un peu de cuivre et de cobalt avec son collègue d’infortune Kalumba, 24 ans.

Les deux jeunes gens espèrent grappiller quelques dollars par jour en vendant leur production à des comptoirs qui font l’intermédiaire avec les grandes entreprises.

Ils font partie des 2/3 de Congolais qui vivent sous le seuil de pauvreté, sans profiter ou presque des richesses stockées dans les sous-sols de leur pays: cobalt, cuivre, coltan, diamant, cassitérite…

La petite mine artisanale représenterait 14 à 16% de la production de cobalt en République démocratique du Congo, d’après le cabinet d’expert Darton à Londres.

La RDC est le premier producteur mondial de ce minerai stratégique promis à une forte demande avec le boom des batteries et des voitures électriques nouvelle génération.

Sauf que le marché est très fluctuant, avec des corrections importantes. En mai, les cours du cobalt sont montés jusqu’à 94.800 dollars la tonne, avant de retomber à 57.000 dollars ces jours-ci, d’après l’indice de référence de la bourse des métaux de Londres.

Le cours actuel du cobalt « n’est pas si mal », estime Ghislain Yumba, directeur général du développement des affaires chez Chemaf, une des entreprises de Lubumbashi.

– Minerai stratégique –

« Nous pensons que le cobalt peut se maintenir à ce niveau là pendant les deux ou trois années à venir. Donc ce n’est pas aussi alarmant que cela », ajoute le cadre dirigeant devant une mine à ciel ouvert de Chemaf, entreprise qui extrait, transforme et exporte du cuivre et du cobalt sous forme de produits semi-finis.


Le cobalt a été classé « minerai stratégique » par le gouvernement congolais dans le cadre de sa réforme du code minier entré en vigueur en début d’année, un des derniers grands projets économiques du président sortant Joseph Kabila.

Concrètement, cela signifie que les taxes sur la production de sont passées de 3,5 à 10%.

« Cela a des conséquences sur le coût d’exploitation, il faut être plus regardant. Mais les cours actuel du cobalt permet encore de faire face à cela », avance l’ingénieur de chez Chemaf.

La récente réforme du code minier a provoqué la colère sept grandes entreprises étrangères, dont une filiale du géant anglo-suisse Glencore.

Elles ont claqué la porte de la Fédération des entreprises congolaises (FEC), présidée par un proche du président Joseph Kabila, Albert Yuma, par ailleurs patron de la société minière d’Etat Gécamines.

Plus que la hausse des taxes, les entreprises étrangères dénoncent la fin d’une clause de stabilité fiscale des contrats sur dix ans, dans un pays où le climat des affaires est très variable.

« Les relations entre les miniers et le gouvernement ne sont pas bonnes du tout! », résume un bon connaisseur du secteur à l’AFP.

« La plupart des sociétés minières concernées par ce changement de cadre réglementaire veulent aller en arbitrage. Mais on les menace du coup de leur retirer leur titre », affirme-t-il.

« C’est le Président lui-même qui a annulé la clause de stabilité, lui qui auparavant avait bien défendu le secteur minier », poursuit-il, assurant que le secteur espère une « alternance » pour des discussions avec un « nouveau gouvernement ».

Ces élections, supposées organiser le départ du pouvoir du président Kabila, peuvent aussi déboucher sur une grosse crise post-électorale. C’est à Lubumbashi que les premières violences ont éclaté, mercredi dernier, en marge d’un déplacement de M. Fayulu.



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