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Elections en RDC: manifestations et appel à la grève générale à trois jours du vote

A trois jours des élections prévues dimanche, une partie de l’opposition a lancé un appel à la grève générale vendredi en République démocratique du Congo où les forces de sécurité ont dispersé jeudi des manifestations contre le report du vote dans deux régions.

La coalition autour du candidat d’opposition Martin Fayulu a appelé à une journée « ville morte » dans toute la RDC pour protester contre ce report partiel des élections qui concerne plus d’un million d’électeurs sur 40, principalement dans le Nord-Kivu à Beni et Butembo (Est).

Avec sa décision, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) « vient de dépasser une ligne rouge », déclare la coalition « Lamuka » (« réveille-toi » en lingala) soutenue par deux poids lourds de l’opposition au président Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

La coalition « exige que la commission électorale retire instamment cette décision injustifiée et organise des élections sur toute l’étendue de la RDC sans aucune discrimination », a-t-elle communiqué à la presse.

Pas question pour autant de boycott, a précisé son directeur de campagne, Pierre Lumbi: « Nous irons aux élections parce que c’est un droit et un devoir que nous donne la Constitution ».

L’autre pilier de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et son candidat Félix Tshisekedi, « condamnent » le report mais avaient indiqué dès mercredi qu’ils iraient aux élections malgré la décision de la Céni.

De son côté, la Majorité présidentielle (MP) du président Kabila a lancé un appel à la « sérénité » en affirmant comprendre la décision de la Céni.

La centrale en charge des élections a reporté mercredi au mois de mars les élections dans la région de Beni-Butembo (Est) et à Yumbi (Ouest).

Raison invoquée: l’épidémie d’Ebola et les tueries de civils à Beni et Butembo, et de récents massacres communautaires à Yumbi.

« Illégal », « inacceptable »…: l’opposition affirme que la Céni exclut du vote des bastions anti-président Kabila.

Le ministre de l’Intérieur Henri Mova avait demandé au président de la Céni Corneille Nangaa de tenir compte du contexte « sanitaire et sécuritaire » à Beni dans l’organisation des élections.

« La décision de la commission électorale est inconstitutionnelle », a déclaré un spécialiste du droit constitutionnel congolais consulté par l’AFP.

– « Kabila doit démissionner » –


« Elle prive une partie de l’électorat de son droit constitutionnel d’élire les dirigeants de leur choix », ajoute-t-il.

La police a tiré et envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants à Beni, a constaté un correspondant de l’AFP.

Au moins six personnes ont été arrêtées à Goma où des barricades ont été dressées en plusieurs points du chef-lieu provincial du Nord Kivu, selon une autre équipe de l’AFP.

C’est dans ce contexte pré-électoral incertain que le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a fait son retour dans la province voisine du Sud-Kivu où il a été accueilli par 2 à 3.000 personnes, a constaté l’AFP.

« Le président Kabila doit démissionner, et son groupe de copains corrompus doit être remplacé », avait écrit le docteur Mukwege dans une tribune publiée par le New York Times vendredi.

« Aussi longtemps que l’actuelle gouvernance reste en place, n’importe quel scénario électoral ne mènera qu’à plus de violence, plus d’instabilité et un plus grand risque de sombrer dans la dictature », avait-il ajouté en demandant des pressions et des sanctions internationales.

Une délégation de diplomates africains était attendue ce jeudi à Kinshasa pour porter au président Kabila les conclusions d’un sommet régional sur la RDC qui s’est tenu la veille à Brazzaville, en l’absence de Kinshasa.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales prévues dimanche doivent entre autres désigner le successeur du président Kabila qui ne peut pas se représenter d’après la Constitution.

Ces élections ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila: de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre 2018.

Le président Kabila a désigné un « dauphin », son ex-ministre de l’Intérieur sous sanctions de l’Union européenne Emmanuel Ramazani Shadary.

Des violences ont émaillé la campagne, avec une dizaine de morts selon plusieurs sources, ce que nie le pouvoir.

« J’étais présente en 2011. Si l’on compare ce qui se passe aujourd’hui aux tensions de l’époque, je pense que cette campagne s’est plutôt mieux déroulée », a déclaré la cheffe de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), Leïla Zerrougui, dans un entretien à Jeune Afrique.



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