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Elections en RDC: un report partiel lourd de conséquences

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La saga de la succession déjà trois fois retardée du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo s’est enrichie mercredi d’un nouveau rebondissement avec l’annonce du report partiel au mois de mars des élections générales dans deux zones de conflit.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales « feront l’objet d’un calendrier spécifique » à Beni-Butembo (est), théâtre d’une épidémie d’Ebola et de tueries de civils, et à Yumbi (ouest), a indiqué la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Dans le même communiqué, la Céni annonce pourtant une « publication des résultats définitifs de l’élection présidentielle » dès le 15 janvier, après les élections qui doivent se tenir ce dimanche dans le reste du pays.

Selon ce nouveau calendrier électoral, la « prestation de serment du président de la République élu » aura lieu le 18 janvier, soit quasiment 18 ans après celle du président Kabila propulsé au pouvoir à l’assassinat de son père en janvier 2001.

Le report concerne 1.256.177 électeurs (sur les 40 millions inscrits), selon les chiffres du recensement électoral sur le site de la Céni. L’immense majorité se trouve dans la région de Beni-Butembo à l’Est (67.000 seulement à Yumbi).

Pour l’élection présidentielle, la RDC est considérée comme une « circonscription unique » par la commission électorale. Une question ne manquera pas de se poser lors de cette nouvelle journée à haute tension: peut-on tenir l’élection présidentielle dans cette « circonscription unique » en retranchant 3% du corps électoral?

La Céni ne précise pas les raisons du report dans ces deux zones de conflit, deux parmi d’autres dans cet immense pays instable (2,3 millions de km2, neuf frontières).

La région de Beni est touchée par une épidémie d’Ebola qui a tué 354 personnes depuis qu’elle a été déclarée le 1er août.

En outre, des tueries de civils attribuées aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF) ont fait près de 1.000 morts depuis octobre 2014, malgré les interventions de l’armée congolaise et des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

La région de Yumbi dans le Mai-Ndombe a été touchée il y a quinze jours par une soudaine éruption de violences à caractère communautaire. Au moins 80 personnes ont été tuées et des milliers ont fui au Congo-Brazzaville voisin.

– arguments « qui ne tiennent pas » –


A Brazzaville, les chefs d’Etats et de gouvernement de deux organisations sous-régionales se sont retrouvés ce mercredi avec la situation en RDC au menu de ce « mini-sommet sur la paix et la sécurité » à l’initiative de la Communauté des Etats d’Afrique australe (Sadc) et de la Conférence inter-régionale des Grands lacs (Cirgl).

Le président angolais Joao Lourenço et zambien Edgar Lungu sont annoncés chez leur homologue congolais Denis Sassou Nguesso où le Rwanda doit être représenté par son ministre des Affaires étrangères.

Les élections générales ont été trois fois repoussées en RDC depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila fin 2016: de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre 2018.

L’Eglise catholique, la société civile et les partis politiques d’opposition se sont prononcés contre un nouveau report des élections après celui du 23 décembre, qui a été annoncé trois jours avant cette échéance.

« (A Beni), Ebola et l’insécurité sont des arguments qui ne tiennent pas debout: c’est surtout que la région du grand Nord Kivu n’est pas en faveur de la majorité », a accusé un militant du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (Lucha).

Quant à l’autre région concernée par le report, « c’est une région acquise à (l’opposant) Fayulu, cela semble la vraie raison du report, derrière le prétexte des affrontements intercommunautaires », a ajouté cet activiste, Claude Kinyuyu.

Contraint de ne pas briguer un troisième interdit par la Constitution, le président Kabila a désigné un « dauphin », son ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary.

Ce candidat du pouvoir, sous sanction de l’Union européenne (UE), fait face aux deux principaux candidats de l’opposition, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi.

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