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En Angola, les anciens combattants ne vivent toujours pas en paix

C’était un champ de bataille, il est devenu son ultime refuge. Appuyé sur les deux béquilles qui témoignent des blessures qu’il a subies pendant la guerre civile en Angola, Domingo Seiala vit dans une ancienne école aux murs criblés de balles.

« Je protégeais cette zone pendant la guerre », raconte-t-il au milieu des ruines de cet ancien établissement de Kuito (centre), laissé à l’abandon depuis dix-sept ans.

L’Angola compte 159.000 anciens combattants de la guerre d’indépendance (1961-1975) et de la guerre civile (1975-2002), selon leur ministère.

Seule une petite minorité d’entre eux perçoit aujourd’hui une pension de 23.000 kwanzas, l’équivalent de 60 euros. Pour l’essentiel des anciens cadres de la branche armée du MPLA, le parti au pouvoir épaulé par Cuba pendant la guerre civile, et de l’ex-rébellion de l’Unita soutenue par les Occidentaux.

Les autres sont aujourd’hui sans ressources, livrés à eux-même et à la débrouille pour survivre.

« La guerre est terminée, on vit en paix mais il nous manque tellement de choses. On n’a même pas d’argent pour manger », soupire Domingo Seiala.

Lui était pourtant dans les rangs des vainqueurs, le MPLA qui dirige le pays depuis son indépendance du Portugal en 1975. Mais il a sauté sur une des nombreuses mines antipersonnels dont les belligérants ont truffé le sol du pays.

La guerre a fait 500.000 morts et de très nombreux blessés.


« Une fois la guerre terminée (…) on s’est retrouvé handicapés et sans aide. Donc on reste dans ce bâtiment », poursuit Domingo Seiala, 49 ans, « le gouvernement nous a laissé tomber ».

A la fin de la guerre civile, l’Etat angolais avait bien promis de construire 36.000 maisons pour les anciens combattants d’ici 2013. Mais à ce jour, 9.000 à peine sont sorties de terre.

Lui aussi soldat du MPLA, Domingo Tomas vit dans le même bâtiment ouvert aux quatre vents. « Toute ma famille est morte », témoigne-t-il, « je n’ai nulle part où aller ».

A Kuito, qui abritait le quartier général de l’Unita, les bâtiments criblés de balles se comptent encore par dizaines.

La maison de Jonas Savimbi, le chef rebelle dont la mort au combat en 2002 a précipité la fin du conflit, est elle aussi à l’abandon. Le rebelle n’a eu droit à des obsèques en bonne et due forme que le mois dernier.

Le gouvernement vient de déposer un projet de loi qui prévoit de faire passer les pensions à 42.000 kwanzas, pour les ex-cadres seulement, la gratuité des transports et des soins. Les anciens combattants « constituent le patrimoine de tous les Angolais », a justifié leur secrétaire d’Etat, Clemente Cunjuca.

Mais Domingo Seiala ne croit plus en l’Etat. « On attend que Dieu nous vienne en aide », lâche-t-il.



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