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En banlieue de Khartoum, les barricades devenues symboles de la contestation

En t-shirts et jeans, de jeunes manifestants jettent des briques au sol et montent hâtivement une barricade au beau milieu d’une avenue de la banlieue de Khartoum, avant de s’échapper à l’arrivée en trombe de policiers anti-émeutes à bord de pick-up.

Les hommes en treillis bleus tirent plusieurs coups de feu en l’air. Les jeunes ont déjà déguerpi dans les ruelles de Chambat, quartier populaire du nord de la capitale.

Les policiers descendent de leurs véhicules et s’attèlent à déblayer la route, à la main puis avec une pelleteuse. Des sac et détritus sont brûlés pour éviter qu’ils ne soient utilisés par les manifestants.

Plus tard, une fois les forces de l’ordre parties, les jeunes remonteront les barricades.

Avec la « grève générale », ces barricades sont devenues le symbole de la « désobéissance civile » observée à partir de dimanche au Soudan, à l’appel des chefs de la contestation, pour protester contre le Conseil militaire de transition. Au pouvoir depuis la destitution d’Omar el-Béchir le 11 avril, ces généraux refusent de donner les rênes du pays aux civils.

Près de deux mois après le renversement par l’armée de l’ex-dictateur, le bras de fer entre la contestation et les généraux a pris une tournure tragique avec la brutale chape de plomb qui s’est abattue sur les manifestants cette semaine.

Cette vague de répression a fait au moins 118 morts selon la contestation -61 selon le gouvernement- et des centaines de blessés, en majorité lors de la dispersion sanglante d’un sit-in de protestataires devant le siège de l’armée à Khartoum.

– « Chat et souris » –

La présence policière a inondé les avenues de la capitale depuis. Banques, pharmacies, restaurants, coiffeurs ou encore magasins de vêtements, l’écrasante majorité des commerces avaient laissé leur rideau de fer baissé dimanche.

Diverses raisons évoquées pour expliquer ces fermetures: la participation à la grève générale, la peur des violences, l’impossibilité de se rendre au travail à cause des barricades…

Dans une petite rue, des jeunes tentent de fermer l’entrée d’un chemin en posant des briques et toutes sortes objets.

« On a fermé cette rue dans la nuit. (Les forces de sécurité) sont venues et ont tiré des balles en l’air », raconte l’un d’eux à l’AFP, Khaled Abou Bakr. « Ils ont ouvert le passage, on l’a refermé, ils ont rouvert, on l’a refermé. C’est un jeu du chat et de la souris », ironise cet étudiant en ingénierie mécanique de 20 ans.

« Ces barricades n’ont rien de personnel. Le premier objectif de ces barrières c’est que personne n’aille au travail. Si on ne les fabriquait pas, les gens iraient comme si de rien n’était », assure le jeune homme.


Derrière lui, ses acolytes scandent « le pouvoir aux civils », l’un des maîtres mots du soulèvement populaire.

– « Aucun autre moyen » –

Une voiture blanche s’arrête devant la barricade. Face au refus des manifestants de le laisser passer, le conducteur descend calmement. « Au début, ça m’a énervé. D’un côté, ces barricades sont gênantes », confie Islam Zakaria, en poursuivant son chemin à pieds.

« Mais les gens expriment ce qu’il y a au fond d’eux de cette manière. Je pense que les jeunes n’ont aucun autre moyen pour dire que les choses doivent changer », ajoute l’homme de 42 ans, vêtu d’un ensemble blanc traditionnel.

Pour le pouvoir, ces poseurs de briques sèment le « chaos ». Le chef adjoint du Conseil militaire, le redouté Mohamad Hamdan Daglo, surnommé « Hemeidti », a appelé les Soudanais a coopérer avec les forces de sécurité en retirant les barricades de fortune.

Chef des Forces de soutien rapide (RSF), accusées par la contestation d’être les principaux auteurs de la répression, « Hemeidti » a également accusé la « désobéissance civile » de nuire à la vie quotidienne des citoyens.

Accusées d’être « une nouvelle version » des milices du Darfour, les RSF étaient presque absentes dimanche matin à Chambat. Mais de nombreux convois ont été aperçus dans d’autres quartier de Khartoum.

En casquette et petite barbe, Fayez Abdallah n’est pas convaincu par le discours des autorités. Le jeune homme de 18 ans est l’un des derniers d’une longue file devant une boulangerie de Chambat.

« Ces longues files d’attente ne sont pas nouvelles au Soudan mais datent du début de la crise du pain, celle qui a poussé les gens dans la rue », dit-il à l’AFP d’un ton tranquille.

Au loin, devant une barricade, un chauffeur de « riksha », ces tricyles à moteur qui font office de taxi, tente de forcer le passage. Un jeune muni d’un long bâton se dirige vers lui l’air énervé.

Les autres manifestants le maîtrisent rapidement et l’empêchent de frapper. Les chefs de la contestation ont insisté: la désobéissance doit rester pacifique.



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