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En Espagne, la débâcle de Podemos et des mairies « indignées »

Podemos, qui avait conquis en 2015 les plus grandes villes espagnoles avec les autres mouvements de gauche radicale, a perdu ces municipalités et essuyé une défaite humiliante dans les urnes, victime de ses divisions.

Le triple scrutin européen, régional et municipal qui a vu le Parti socialiste (PSOE) du chef du gouvernement Pedro Sanchez arriver en tête a viré à la débandade pour le parti de Pablo Iglesias.

Podemos, qui avait connu en 2015 une ascension fulgurante en revendiquant l’héritage des manifestants « indignés » anti-austérité et anti-système, n’a obtenu que 10% des suffrages aux européennes, contre 14,3% aux législatives il y a à peine un mois.

« C’est évident que les résultats ne sont pas bons », a reconnu lundi l’ancien professeur de sciences politique devant la presse.

Lui qui espérait profiter de ces élections pour gagner en pouvoir de négociation et forcer les socialistes à leur céder des postes au sein du futur gouvernement se retrouve en position de faiblesse.

« Nous devons être conscients de ce que nous pesons et essayer de construire un gouvernement (…) dont nous pourrions faire partie dans les modestes proportions qui nous correspondent », a concédé M. Iglesias.

« Il est trop affaibli pour exiger des ministères à Pedro Sanchez », juge Carmen Lumbierres, politologue à l’Université espagnole d’enseignement à distance, interrogée par l’AFP.

Le camouflet de Podemos s’inscrit dans une tendance européenne de déclin de la gauche radicale. Le groupe Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE-NGL) qui la rassemble au Parlement de Strasbourg passe de 52 à 41 sièges, et sa principale figure, le Grec Alexis Tsipras, a été battu dans son pays par la droite.

– Fatales divisions –

Au-delà des européennes, les « mairies du changement », conquises en 2015 en Espagne par des listes citoyennes et vitrines de la gauche radicale, sont presque toutes tombées dimanche.

A Madrid, l’ancienne juge de gauche Manuela Carmena est arrivée en tête, mais c’est le conservateur José Luis Martinez-Almeida qui doit lui succéder à l’hôtel de ville, avec l’appui probable des libéraux de Ciudadanos et de l’extrême droite de Vox.


A Barcelone, l’ancienne militante du droit au logement Ada Colau a perdu, devancée d’une courte tête par l’indépendantiste catalan Ernest Maragall.

Même sort pour les maires de Saragosse, La Corogne et Saint-Jacques-de-Compostelle, balayés quatre ans après leur victoire.

Beaucoup ont été victimes des divisions qui minent la gauche radicale depuis deux ans. A Madrid ou Saragosse, des listes dissidentes ont entretenu les fractures.

« Ça ne marche pas pour la gauche quand nous nous divisons et quand nous nous disputons entre nous », a déploré Pablo Iglesias.

A peine la défaite consommée, Juan Carlos Monedero, proche de Pablo Iglesias, éreintait Iñigo Errejon, cofondateur de Podemos expulsé du parti pour avoir présenté une candidature dissidente dans la région de Madrid que la gauche n’a pas réussi à faire basculer.

« L’ambition rend aveugle. (…) Tu trouves que ça a valu la peine, Iñigo? », lançait-il à chaud sur Twitter.

L’éditorialiste Enric Juliana écrit dans La Vanguardia que « Podemos a été victime d’une overdose de Game of Thrones », référence à la série mettant en scène moult assassinats politiques.

Pour Carmen Lumbierres, Podemos ne s’est pas montré fidèle à l’esprit du mouvement des « indignés », ces citoyens qui avaient occupé en 2011 les places des villes espagnoles contre l’austérité et la classe politique traditionnelle.

Podemos « ressemble plus à un parti traditionnel, (…) un parti très hiérarchisé et très vertical, qui a oublié cet esprit » anti-système, commente-t-elle, en reprochant à Pablo Iglesias d’avoir « expulsé tous ceux qui n’étaient pas de son camp ».

De fait, les seuls « survivants » de la vague « indignée » de 2015 sont le maire de Cadix José Maria Gonzalez, de l’aile la plus à gauche de Podemos et critique de la ligne de Pablo Iglesias, et le maire de Valence Joan Ribo, d’un parti écolo-régionaliste local. Dans cette ville, la troisième d’Espagne, Podemos n’entre même pas au conseil municipal.

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