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En froid avec Varsovie, Netanyahu cherche à sauver les apparences diplomatiques

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a tenté mardi de sauver les apparences après l’annulation retentissante d’un sommet avec quatre homologues d’Europe centrale en raison d’une querelle avec la Pologne sur son rôle dans la Shoah et sur l’antisémitisme.

M. Netanyahu a reçu à Jérusalem les Premiers ministres hongrois, slovaque et tchèque mais leur collègue polonais –quatrième membre du « groupe de Visegrad »– se signalait par son absence, lui qui devait initialement participer à cette première réunion du « V4 » hors d’Europe.

Aux côtés du Premier ministre slovaque Peter Pellegrini, M. Netanyahu n’a rien laissé percevoir des remous des derniers jours, parlant de nouvelles technologies automobiles et d’innovation.

Au même moment pourtant, Varsovie a fait savoir qu’elle attendait toujours des excuses du gouvernement israélien après des accusations d’antisémitisme proférées publiquement et en haut lieu.

Le sommet qui devait constituer pour Israël une réussite diplomatique a tourné au sac de noeuds, jusqu’à ce que Varsovie annule avec fracas sa participation.

La rencontre a été remplacée par des discussions bilatérales et un déjeuner partagé entre les quatre chefs de gouvernement présents, soulevant des questions à la fois sur le timing de la controverse, ses éventuelles motivations électoralistes à deux mois de législatives en Israël et, au-delà, sur la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Union européenne (UE).

– Déclarations « racistes et inacceptables » –

Prolongement de crispations antérieures, la dispute entre Israël et la Pologne a commencé jeudi en marge d’un sommet international sur le Moyen-Orient à Varsovie, avec des propos de M. Netanyahu rapportés par la presse, mais jamais corroborés officiellement, sur l’implication de Polonais dans l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et sur l’antisémitisme en Pologne.

Varsovie a haussé le ton et les services de M. Netanyahu ont publié un communiqué selon lequel ses paroles avaient été déformées par les journalistes car il avait « parlé de Polonais, et non pas du peuple polonais ou de la Pologne ».

Varsovie a alors décidé d’envoyer au sommet à Jérusalem son ministre des Affaires étrangères au lieu de son Premier ministre Mateusz Morawiecki. L’affaire semblait pouvoir en rester là, jusqu’à la sortie tonitruante, dimanche, du ministre des Affaires étrangères israélien, nommé le jour même.

De nombreux Polonais ont « collaboré avec les Nazis et, comme l’a dit (l’ancien Premier ministre israélien) Yitzhak Shamir, +les Polonais tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère+ », a déclaré Israël Katz à la chaîne i24News.


Déclarations « racistes et inacceptables », a réagi le Premier ministre polonais. A la demande polonaise, le sommet du V4 a été « repoussé » jusqu’à la deuxième moitié de l’année, a dit la Slovaquie qui préside actuellement le groupe.

– « Prix à payer » –

Dans la foulée d’un sommet sur le Moyen-Orient que M. Netanyahu a qualifié d' »historique » en raison d’une convergence de vues, selon lui, entre Israël et les pays arabes vis-à-vis de l’Iran, le sommet du V4 lui fournissait une occasion supplémentaire de revendiquer un succès diplomatique.

M. Netanyahu fait une cour assidue à des gouvernements d’Europe centrale ouvertement critiques des politiques de l’UE dont leur pays est pourtant membre. Objectif: saper l’unité d’une UE critique de l’occupation et de la colonisation par Israël des territoires palestiniens, disent des analystes.

Il est « très regrettable » de remettre en cause les relations avec des pays « très amicaux » envers Israël au moment où celui-ci s’apprêtait à accomplir une « nouvelle percée (diplomatique) très importante », dit à l’AFP Zvi Ravner, ambassadeur israélien à Varsovie de 2009 à 2014.

M. Ravner s’interroge sur ce qui a poussé le chef de la diplomatie israélienne à des déclarations « inutiles » causant « pas mal de dégâts ».

La lune de miel entre M. Netanyahu et certains gouvernements d’Europe centrale n’est pas sans faire froncer des sourcils.

Des ministres comme M. Katz peuvent craindre de se voir reprocher d’ignorer les accusations d’antisémitisme dont font parfois l’objet ces gouvernements, surtout avant les législatives du 9 avril, dit l’analyste Jonathan Rynhold.

La querelle avec Varsovie constitue « le prix à payer » pour Israël qui cherche à entretenir de bonnes relations avec « des régimes menaçants aux yeux de la diaspora juive », analyse M. Rynhold. « Ceci pose un point d’interrogation sur toute la stratégie israélienne à l’égard de l’Europe ».



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